De Paris 1998 à Boston 2026 : le long chemin de la Norvège pour retrouver la Coupe du monde

De Paris 1998 à Boston 2026 : le long chemin de la Norvège pour retrouver la Coupe du monde
De Paris 1998 à Boston 2026 : le long chemin de la Norvège pour retrouver la Coupe du mondeREUTERS

Né deux ans après la dernière épopée de la Norvège lors de la Coupe du monde 1998, Erling Haaland n’avait jamais vu la Norvège disputer un tournoi majeur. Ce 17 juin 2026 à Foxborough, face à l'Irak, une génération dorée met enfin un terme à 28 ans de traversée du désert. Récit d’une reconstruction structurelle, tactique et mentale qui a ramené les Scandinaves au sommet.

Erling Haaland est né à Leeds en juillet 2000, deux ans après que la Norvège a disputé sa dernière Coupe du Monde. Il n'a donc jamais vu son pays évoluer dans un tournoi majeur. Dans une interview accordée à ESPN avant le début de cette Coupe du monde 2026, Haaland a confié que sa carrière déjà brillante lui aurait semblé incomplète s'il n'avait pas pu ramener la Norvège sur la plus grande scène du football mondial. "Il m'a semblé que quelque chose manquait en 2022 au Qatar, puis à l'Euro 2024. Alors maintenant c'est enfin arrivé, et il était temps", a-t-il déclaré.

Ce soulagement d'une génération entière résume à lui seul vingt-huit années de traversée du désert. Ce 17 juin, la Norvège dispute au Gilette Stadium de Foxborough son premier match de Coupe du Monde depuis France 1998. L'adversaire du soir, l'Irak, importe peu. Ce qui compte, c'est le retour.

1998 : l'âge d'or d'un football différent

En 1998, sous la direction d'Egil Olsen, la sélection pouvait s'appuyer sur un effectif talentueux largement composé de joueurs évoluant en Angleterre, parmi lesquels Henning Berg, Stig Inge Bjørnebye, Ronny Johnsen, Øyvind Leonhardsen ou encore Ole Gunnar Solskjær. Ståle Solbakken lui-même était entouré de plusieurs cadres, et avec ses 66 sélections, Kjetil Rekdal apparaissait comme le joueur le plus expérimenté du groupe.

Le style de jeu était à l'image du sélectionneur : direct, physique, pragmatique, fondé sur des longs ballons et la puissance athlétique plutôt que sur la technique collective. Cette équipe de Norvège, avec son jeu résolument pragmatique, a pu passer pour l'une des formations les plus défensives de l'ère moderne. Pourtant, les résultats étaient là. La meilleure performance des Drillos remonte à France 1998, où Ole Gunnar Solskjær et ses coéquipiers avaient atteint les huitièmes de finale après avoir tenu en échec le Maroc (2-2) et l'Écosse (1-1), puis remporté une victoire mémorable à Marseille contre le Brésil (2-1) en poules, alors champion du monde en titre. L'aventure s'était ensuite arrêtée aux portes des quarts de finale, les Norvégiens ayant été battus par l'Italie.

Cette victoire contre le Brésil reste l'un des grands frissons de l'histoire du football norvégien. Elle cristallisait ce que cette génération savait faire mieux que quiconque : tenir un bloc compact et frapper sur transition. À l'opposé de ce que le football contemporain valorise aujourd'hui.

28 ans de purgatoire

Mais cette épopée de 98 reste comme un one-shot. Depuis 2000, la Norvège n'a plus participé à aucune compétition internationale majeure. La sélection scandinave a frôlé la qualification pour l'Euro 2004, s'inclinant aux barrages contre l'Espagne, avant de voir son classement FIFA dégringoler et de se retrouver en 52e position en juillet 2006. Les sélectionneurs se sont succédé. Les talents individuels n'ont pas manqué mais ont longtemps coexisté sans former un collectif capable de franchir les barrages européens.

Mais c'est paradoxalement pendant cette longue absence que le football norvégien a produit ses plus grandes individualités. En 2015, un gamin de seize ans nommé Martin Ødegaard quitte le Strømsgodset IF pour rejoindre le Real Madrid, devenant le plus jeune joueur à disputer un match de qualification pour un Euro et la plus jeune recrue de l'histoire du club madrilène. "C'était surréaliste. Je n'étais pas assez grand pour conduire, donc mon père devait m'amener chaque jour à l'entraînement pour jouer avec Isco, Ronaldo, Ramos, Modric, Bale et Benzema, comme s'il me déposait à l'école", racontera-t-il des années plus tard.

Quelques années après, Erling Haaland prend la relève en tant que crack norvégien et s'impose à Dortmund puis à Manchester City comme l'un des meilleurs buteurs de la planète. Tous deux évoluent au plus haut niveau européen, accumulent les trophées en club, les records individuels. Mais regardent la Norvège manquer chaque tournoi international.

La reconstruction par les fondations

Derrière les projecteurs braqués sur Haaland et Ødegaard, une transformation structurelle s'est opérée dans le football norvégien. La Fédération norvégienne (NFF) a financé la construction de nombreux terrains de petite taille dans les communautés locales, offrant aux enfants des espaces sécurisés pour jouer librement. Cette approche reflète une conviction profonde exprimée par Håkon Grøttland, responsable du développement des joueurs à la NFF : "Sans exception, les joueurs qui sont les meilleurs ont beaucoup joué au football de rue."

La NFF a également déployé un modèle innovant de développement baptisé "Landslagsskolen" (l'École des équipes nationales), destiné aux joueurs de 12 à 16 ans, en mobilisant vingt entraîneurs à plein temps et 700 formateurs à temps partiel pour identifier et accompagner les talents sur l'ensemble du territoire.

Le résultat de cette politique se lit dans la composition de l'effectif actuel : des joueurs formés en Norvège puis partis très tôt à l'étranger pour se frotter aux meilleurs championnats. Le groupe convoqué par Solbakken pour la Coupe du Monde s'étend sur huit ligues européennes différentes, avec une moyenne d'âge de 26,4 ans. Une équipe d'exilés précoces revenus en équipe nationale avec des automatismes forgés dans l'élite mondiale. Un profil radicalement différent de la génération 1998, qui puisait massivement dans le championnat anglais mais sans ce rapport instinctif au football de possession et aux sorties de balle travaillées.

Solbakken : de joueur à bâtisseur

L'homme au centre de cette reconstruction a lui-même vécu 1998 de l'intérieur. Ståle Solbakken était milieu de terrain dans cette sélection qui avait battu le Brésil. Vingt-cinq ans plus tard, il se retrouvait sur le banc, face à la même mission : ramener la Norvège au Mondial. Après que les Løvene avaient quasi-assuré sa qualification en battant l'Estonie 4-1, Solbakken a reconnu que ces vingt-cinq ans d'absence des grandes compétitions avaient exercé une pression psychologique considérable sur son groupe.

Solbakken a pris les rênes de la sélection en 2020 et, malgré la présence de Haaland et d'autres jeunes cracks dans son effectif, n'a pas réussi à se qualifier pour l'Euro 2024. Mais le sélectionneur a maintenu le cap tactique et humain, refusant de sacrifier tout ce qu'il avait construit pour une énième non-qualification.

La confiance entre le staff et le groupe a fini par payer. La Norvège a réalisé un parcours parfait lors des qualifications, remportant ses huit rencontres dans le Groupe I de la zone européenne, devenant ainsi la seule nation du continent à boucler les éliminatoires sans la moindre défaite ni nul. Le tout avec 37 buts inscrits pour seulement cinq encaissés, soit une moyenne de 4,6 buts par match.

Le clou de la campagne reste la victoire 4-1 à San Siro contre l'Italie. Haaland a inscrit deux buts en deux minutes sur le gong, confirmant la place de la Norvège au Mondial. Un symbole fort : en 1938, puis en 1998, c'est l'Italie qui avait mis fin aux aventures norvégiennes. En 2025, à Milan, les rôles s'inversent enfin.

Une équipe nouvelle génération

La comparaison avec 1998 s'arrête rapidement aux noms des nations affrontées. Tout le reste diffère. Là où la Norvège d'Egil Olsen misait sur le physique, le pressing haut et les ballons directs vers ses attaquants de grande taille, celle de Solbakken propose un football beaucoup plus technique, porté vers l'avant par des principes modernes.

Dès que la Norvège récupère le ballon, elle accélère immédiatement, sans perdre de temps dans la construction, cherchant toujours à faire progresser le ballon vers l'avant. Cette capacité de transition est l'arme la plus redoutable de cette équipe nordique. Au centre du dispositif, Ødegaard incarne cette évolution : en tant que capitaine et maître à jouer du milieu de terrain, la star d'Arsenal dicte le tempo et oriente les offensives norvégiennes.

Devant, la palette offensive est d'une richesse inédite pour un pays de 5,5 millions d'habitants. Outre Ødegaard et Haaland, Alexander Sørloth, attaquant de l'Atlético de Madrid, représente une alternative tout aussi dangereuse, tout comme les jeunes Antonio Nusa de Leipzig ou Andreas Schjelderup de Benfica.

La connexion entre générations transparaît également dans les histoires familiales : Alfie Haaland et Gøran Sørloth, pères d'Erling Haaland et d'Alexander Sørloth, faisaient partie de la Norvège qualifiée pour la Coupe du Monde 1994. Trente-deux ans après, les fils arrivent en héritiers conscients de ce qu'ils représentent.

Haaland a évoqué ce que signifie pour lui ce Mondial américain : "Ce sera comme un rêve devenu réalité. C'est encore plus spécial, je crois, parce que je n'ai jamais vécu ça. Alors ce sera une sensation et une expérience intéressantes, parce que je ne sais pas ce que c'est, je n'y suis jamais allé. J'ai juste hâte que ça arrive, ce sera incroyable."

Il a aussi tenu à élargir l'enjeu au-delà de lui-même : "Je n'ai jamais vécu la Norvège à une Coupe du Monde de mon vivant. Je suis simplement heureux qu'on soit qualifiés, et que tous les jeunes enfants norvégiens puissent vivre ça. Ils se souviendront de ces moments."

Cette équipe ne veut plus seulement exister dans un tournoi mondial. Elle veut dépasser le cap des huitièmes de finale atteint en 1998 et s'installer durablement dans la cour des grandes nations du football. Le groupe I s'y prête : la Norvège affronte l'Irak, le Sénégal et la France. Trois matchs, trois tests de nature différente. La France de Mbappé, en particulier, sera le juge de paix le 26 juin dans la banlieue de Boston.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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