Au Qatar, Ney Franco raconte la tension de la guerre au Moyen-Orient

Ney Franco en 2020.
Ney Franco en 2020.THIAGO RIBEIRO / AGIF / AGIF VIA AFP

Ce qui devait être la quête d’une première qualification historique en demi-finale de la Champions League Two d’Asie s’est transformé en un parcours d’angoisse et d’incertitude pour l’entraîneur Ney Franco et toute la délégation d’Al-Hussein. Le technicien brésilien et son groupe sont bloqués à Doha, au Qatar, incapables de regagner la Jordanie en raison de la fermeture de l’espace aérien, conséquence directe de l’escalade du conflit militaire impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.

Dans une interview exclusive accordée à Flashscore, Ney Franco a détaillé ce que c’est que d’être, littéralement, "au cœur de la tempête". Ce qui devait être un moment de concentration totale sur la préparation tactique pour l’un des grands défis de la saison s’est transformé en inquiétude dans la nuit de samedi dernier.

"Comme nous ne sommes pas habitués à la guerre, on voit toujours ça de très loin. Et soudain, on se retrouve au cœur de la tempête", a confié Ney Franco, entraîneur brésilien expérimenté, passé par des géants du pays comme Flamengo, Botafogo, São Paulo et Cruzeiro.

À la tête d’Al-Hussein, en Jordanie — son premier club hors du Brésil —, Ney Franco espérait revenir du Qatar avec un résultat important face à Al-Ahli Doha, lors du match aller des quarts de finale de la Champions League Two d’Asie. La rencontre était prévue pour ce mardi.

Mais avec l’aggravation du conflit, le match a été reporté et Ney Franco, tout comme l’ensemble de la délégation d’Al-Hussein, n’a aucune date prévue pour quitter le Qatar, puisque l’aéroport de Doha et l’espace aérien du pays sont fermés.

Avant le début du conflit, Al-Hussein de Ney Franco (photo) était en tête du championnat jordanien
Avant le début du conflit, Al-Hussein de Ney Franco (photo) était en tête du championnat jordanienAl-Hussein/X/Reprodução

"Le Qatar abrite le plus grand poste des États-Unis au Moyen-Orient, avec la plus forte concentration d’une base américaine. Cette base a commencé à être prise pour cible par l’Iran. Aujourd’hui, nous sommes donc dans un pays totalement impliqué dans la guerre à cause de cette base. Une instabilité s’est installée et nous sommes à l’hôtel. Avec le conflit, l’espace aérien a été fermé et nous nous retrouvons dans une situation où il nous est impossible de retourner en Jordanie", a expliqué Ney Franco.

Bien que l’hôtel de l’équipe soit situé dans une zone supposée plus sûre, la distance n’a pas suffi à étouffer les échos du conflit. L’entraîneur brésilien a raconté que le silence de la nuit a été brisé par le bruit des explosions.

"Il y a deux priorités en ce moment : la première est notre sécurité physique et celle des joueurs, c’est pourquoi nous restons à l’hôtel. Nous sommes loin de là où tout se passe, loin de la base. Mais à certains moments, surtout dans la nuit de samedi à dimanche, nous avons entendu des explosions au loin", a-t-il révélé.

"Maintenant, nous attendons. D’abord, que cette guerre prenne fin, que tout revienne à la normale et que nous puissions rentrer en Jordanie. Sportivement, nous avons un engagement avec le championnat jordanien. Nous étions en tête de la compétition ; le troisième tour commence et il reste 12 matchs avant la fin", a poursuivi l’entraîneur.

Ce report a coupé l’élan d’une équipe qui nourrit de grandes ambitions. À l’horizon, Al-Hussein espère un affrontement épique qui pourrait opposer le club jordanien à des stars mondiales.

"Nous espérons rentrer à la maison, reprendre le championnat et attendre une nouvelle date pour le quart de finale de la Champions d’Asie. Il existe une réelle possibilité d’atteindre la demi-finale, qui pourrait même se jouer contre Al-Nassr, l’équipe de Cristiano Ronaldo et de Jorge Jesus. Nous étions très investis dans ce match. C’est une douche froide, mais le plus important maintenant est de sortir d’ici et de rentrer en Jordanie", a souligné Ney Franco.

Ney Franco lors d'une conférence de presse
Ney Franco lors d'une conférence de presseAl-Hussein/X/Reprodução

Entraînements improvisés

Le staff technique d’Al-Hussein fait tout son possible pour éviter que l’équipe ne perde sa condition physique pendant cette période de rétention au Qatar. Mais Ney Franco est lucide sur la situation, qui commence déjà à perturber la préparation.

"Il n’y a pas de date précise (pour le retour en Jordanie). Cela impacte directement la préparation. Nous nous entraînons à l’hôtel depuis trois jours. Nous avons la chance d’être dans un endroit excellent, avec une bonne salle de sport où nous faisons du travail physique, mais ce n’est pas la même chose que sur le terrain", a-t-il confié.

"Aujourd’hui (lundi), nous devions avoir une séance sur un terrain extérieur à 20h30 (nous avons six heures d’avance sur le Brésil), mais peu avant de sortir, l’entraînement a été annulé pour des raisons de sécurité. Cela nuit au travail technique et pratique", a regretté l’entraîneur.

Al-Hussein ne peut pas s'entraîner sur un terrain extérieur
Al-Hussein ne peut pas s'entraîner sur un terrain extérieurAl-Hussein/X/Reprodução

La menace du conflit armé préoccupait déjà les fédérations locales. Lors du tour précédent de la Champions League Two d’Asie, Al-Hussein avait éliminé Esteghlal, d’Iran, dans une confrontation dont les conditions reflétaient déjà la tension : le match aller, qui devait se jouer en Iran, a été déplacé à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

"Il y a deux semaines, j’étais à Dubaï car les huitièmes de finale étaient contre une équipe iranienne, Esteghlal. À l’époque, la tension était déjà présente, à tel point que la confédération a fixé le match aller à Dubaï. Nous avons gagné 1-0 là-bas puis 3-2 en Jordanie", a raconté Ney Franco.

"On sentait déjà que la guerre était possible, ce qui s’est confirmé aujourd’hui. Nous savons que la région est vulnérable à cause de son histoire, mais on remarque que le pays (le Qatar) est protégé par un “dôme” technologique qui intercepte les missiles. Nous sommes frustrés de ne pas jouer, mais la priorité est de quitter le pays dès que l’aéroport rouvrira", a insisté le technicien brésilien.

Matchs interrompus en Jordanie au son des sirènes

En Jordanie, où Al-Hussein est basé, le championnat local n’a pas été suspendu par les autorités. Ney Franco a expliqué que le pays ne subit pas d’attaques directes, mais la grande inquiétude est que le territoire soit sur la trajectoire des missiles tirés par les nations en conflit.

Le principal risque est la chute de débris de ces projectiles, qui ont déjà touché la ville où l’entraîneur réside. Le quotidien du football local a été adapté à des protocoles de guerre : les matchs sont interrompus au son des sirènes anti-aériennes et les joueurs doivent se réfugier dans les vestiaires jusqu’à ce que l’espace aérien soit jugé sûr.

"Ce qui se passe, c’est que l’Iran tire des missiles sur Israël et que ces projectiles, pour atteindre leur cible, traversent l’espace aérien jordanien. Ils passent même au-dessus de la ville où j’habite, Irbid, au nord, à la frontière avec Israël", a raconté l’entraîneur.

Al-Hussein est le premier club étranger de la carrière de Ney Franco
Al-Hussein est le premier club étranger de la carrière de Ney FrancoAl-Hussein/X/Reprodução

"Quand ces missiles sont lancés, il y a une contre-offensive pour les abattre. Ce qui arrive souvent en Jordanie, c’est que, lorsqu’ils sont interceptés, les débris tombent dans le pays, surtout dans la ville d’Al-Hussein", a-t-il poursuivi.

"Le championnat n’a pas été arrêté, mais la première journée après l’aggravation de la guerre a lieu cette semaine. Les matchs, par mesure de sécurité, se jouent sans public et, si nécessaire, la sirène retentit. Si le radar détecte un missile, la sirène retentit, le match est interrompu, les joueurs vont aux vestiaires et attendent. Hier (dimanche 1er mars), lors du match d’Al-Faisaly, c’est ce qui s’est passé : à la 30e minute de la seconde période, la sirène a retenti, le match s’est arrêté puis a repris. La précaution est nécessaire car les débris finissent par tomber dans les villes", a-t-il expliqué.

Le conflit n’empêche pas les ambitions de Ney Franco

Malgré la tension dans la région, Ney Franco n’envisage pas de retour au Brésil. Sa famille est en sécurité à Ipatinga, dans le Minas Gerais, recevant toutes les informations nécessaires et rassurée par la situation, au moins momentanée, en Jordanie.

Ney Franco reçoit le soutien des supporters d’Al-Hussein en Jordanie
Ney Franco reçoit le soutien des supporters d’Al-Hussein en JordanieAl-Hussein/X/Reprodução

Avec Al-Hussein qui réalise une saison extrêmement positive, l’entraîneur brésilien souhaite aller au bout de son contrat et rêve de titres.

"Nous sommes très bien placés dans trois compétitions : nous menons le championnat national, nous sommes en quarts de la Champions d’Asie et en quarts de la Coupe de Jordanie. Sportivement, je veux vraiment terminer le travail et me battre pour des titres", a-t-il projeté. "Mais, bien sûr, la priorité reste la sécurité physique. Je me sens protégé et je n’ai jamais pensé à rentrer au Brésil à cause de la guerre. J’espère que la paix sera trouvée le plus vite possible, ce qui sera bénéfique pour le monde entier, tant sur le plan humanitaire qu’économique".