Cinq semaines de compétition, 104 matches et un 2e titre mondial pour l'Espagne.
Seize ans après la première étoile en Afrique du Sud, la Roja s'est imposée au terme d'une finale qui ne restera assurément pas dans les mémoires comme celle de 1994 (à croire qu'il vaut mieux éviter les États-Unis et ses pelouses râpées qui font faire de drôles de rebonds au ballon) mais qui a consacré l'équipe qui a le plus essayé et le plus tenu ses nerfs.
En 2022, Lionel Messi avait imploré Diego Maradona de lui apporter son aide divine. Mais à New York, D10S a été privé de visa et, de toutes façons, aurait-il envoyé ses bonnes ondes pour une équipe qui a tenté sa chance pour la première fois à la...120e minute ?
Car, ironie de l'histoire, les Espagnols ont gagné à l'argentine, "con dos cojones" comme on dirait chevalièrement de Madrid à Séville, de Barcelone à Bilbao et évidemment à Foios, là où Ferran Torres a vu le jour avant de débuter chez les professionnels avec le Valencia CF. La chauve-souris qui symbolise la capitale du Turia est un signe de chance : elle a traversé l'Atlantique pour guider le pied gauche du buteur.
L'Espagne essaie, l'Argentine attend
Après la réinvention du quart d'heure de politesse à la sauce US, le match a pu débuter et c'est Pedro Porro qui a donné le ton physiquement en se payant Nico Tagliafico (1re).
La composition de Lionel Scaloni n'avait pas trompé sur la marchandise : l'Albiceleste voulait presser. Une tactique risquée. La première connexion Dani Olmo-Lamine Yamal s'est convertie en occasion nette, stoppée par Dibu Martínez, quasiment pris à contre-pied par une déviation de Lisandro Martínez (5e).
Pour le pressing, c'était beau d'y croire. Mais il restait encore le quadrillage bien serré pour empêcher l'Espagne de développer son jeu. Et là-dessus, l'Argentine a fait le métier, ce qui ne s'est pas fait sans heurts pour ses adversaires. Olmo a eu droit à un bizutage d'Alexis McAllister (15e) et c'est Mikel Oyarzabal qui a provoqué un avertissement pour Lisandro Martínez (40e). Le défenseur n'a pas eu le temps d'avoir peur : blessé, il a laissé sa place 4 minutes plus tard à Nico Otamendi (44e).
Pour ce qui est du jeu, on n'était pas dans les aigus des éditions 2018 et 2022. Il a ainsi fallu attendre la 39e minute et une combinaison inspirée pour qu'Oyarzabal soit enfin connecté dans l'axe, mais son tir au sol a été bloqué sans difficulté par Martínez… qui en revanche semblait battu sur le tir croisé de Marc Cucurella (42e).
La première période a donc été à sens unique : 65 % de possession et 3 tirs pour la Roja (0,23xG), tandis que l'Argentine n'avait tout simplement pas eu le moindre soupçon d'opportunité et est repartie sans aucune tentative à son actif.
Dibu contre l'Espagne, Fernández contre son équipe
Le foot, c'est bien, les chanteurs has been c'est mieux. Après un avant-match d'un rare ringardisme, la tournée des stars sur le retour s'est poursuivie à la mi-temps, transformée en entracte façon SuperBowl, le super en moins. Mais c'est toujours mieux que le plan interminable au beau milieu du match de Donald Trump chatouillant la Coupe du monde sous le regard enfantin de Gianni Infantino qui ressemblait plus à un gamin sur le point de recevoir une image de l'instituteur que du patron de la FIFA.
Le match a repris sans Nico Gonzalez, remplacé par Leandro Paredes. Sans changement sur la teneur des propos, puisque l'Argentine finira aussi ce deuxième acte sans aucun tir à son compteur.
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Côté espagnol, difficile de se frayer un chemin entre les jambes. Alex Baena a cadré (46e), Oyarzabal a hésité alors qu'il aurait dû prendre sa chance (55e). Olmo a réussi à déborder et à centrer en retrait, mais Gonzalo Montiel a devancé Cucurella (56e).
Dans son style de poète disparu, Paredes a été averti puis a joué plusieurs fois avec le feu, sans voir le rouge tomber (60e sur Porto, 90e+6 sur Ferran).
Après avoir joué au milieu des tâches, Olmo a provoqué une faute de main de Martinez qui a concédé le corner (63e). Le gardien argentin s'est ensuite interposé sur une tête de Ferran après que Lamine Yamal a bonifié un second ballon (67e).
Défensivement, l'Albiceleste était aux abois. Facundo Medina et Giuliano Simeone sont entrés pour la dernière fenêtre possible jusqu'à la fin du temps réglementaire (70e).
Apparu à l'heure de jeu, Pedri a cadré et initié une séquence intense d'une minute où Ferran et Lamine ont combiné avant que Cubarsí, à l'entrée de la surface, ne fasse encore briller Martinez (77e), encore sur la trajectoire sur une tête d'Aymeric Laporte (81e).
À force de courir, les Argentins ont gagné en frustrations. Simeone a évité le jaune pour un geste d'humeur sur Cucurella (81e), mais Enzo Fernández, oui, pour avoir râlé (82e). Et c'est probablement l'un des joueurs les plus détestés au monde qui a été exclu, pour une faute inutile et violente sur Cubarsí (90e+2).
Lui aussi très proche du rouge, Paredes a offert une balle de match pour une grosse faute à l'entrée de la surface : Lamine Yamal a cherché la lucarne gauche mais… Martinez a sorti son enroulé (90e+8).
Maréchal Ferran
Le minimalisme argentin tiendrait-il la prolongation ?
Pedri a immédiatement trouvé la tête de Nico Williams mais, oui, encore Dibu (93e).
Et quand le gardien a finalement été transpercé dans une action confuse, une faute de Merino sur Otamendi a annulé le but. Puis c'est un manque de précision de Merino sur une tête à bout portant qui a sauvé l'Albiceleste.
Ça ne pouvait pas finir comme ça. Quelques instants après le début de la deuxième période, Williams a été trouvé au second poteau, il s'est arraché pour remettre en retrait sur Ferran qui, sans trembler, a envoyé un zapatazo du gauche sous la barre et l'Espagne dans une autre galaxie (107e).
Depuis 1974 et le penalty empoisonné des Pays-Bas contre la RFA, seule l'Italie en 2006 a pu renverser la finale après avoir encaissé le premier but. Alors là...
Le Valencien a même cru s'offrir un doublé mais il était en très légère position de hors-jeu (114e). Puis Nico a croqué une nouvelle balle de 2-0 en voulant trop en faire après avoir pris la défense de vitesse (116e).
Transparent, Messi avait tenté un centre vicieux (115e) puis il a été contré par la tête de Merino, aussi héroïque que KO (117e). Apathique, l'Argentine a pourtant failli égaliser sur une initiative rudimentaire, avec Marcos Senesi à un rien de couper un centre (120e). Sur le corner qui a suivi, Simeone, seul en retrait, a tiré haut dans le ciel de Big Apple (120e+2).
C'en était fini des espoirs de braquo argentin. Ferran Torres a plus de cheveux qu'Andrés Iniesta, mais il est lui aussi couronné pour tous les Espagnols "Ferran de mi vida". La plus haute distinction royale au pays du "balompié". La Selección a son "hermanita", la petite sœur de l'étoile de 2010. L'accouchement a été difficile mais le bébé se porte très bien.
