Remporter fin décembre le géant italien d'Alta Badia était déjà une prouesse pour "Blacky", près de deux ans jour pour jour après son dernier succès sur le circuit mondial, dans le slalom de Madonna di Campiglio, suivi d'une grave chute en descente à Bormio.
Six jours plus tard, il s'est de surcroît adjugé sa première épreuve de vitesse avec le super-G inédit de Livigno, dominant à la surprise générale la triplette suisse Alexis Monney-Franjo Von Allmen-Marco Odermatt qui avait écrasé la saison dernière.
"'Odi' m'a dit que je devrais remiser mes skis de slalom dans un coin", plaisantait Marco Schwarz après la course, trouvant "plutôt chouette de donner du fil à retordre aux Suisses" dès son 12ᵉ départ en Coupe du monde dans la discipline.
Avant d'aborder samedi et dimanche l'étape suisse d'Adelboden, où il s'alignera en géant et slalom, revoici donc le Carinthien de 30 ans en dauphin de Marco Odermatt dans la course au gros globe – certes avec 404 points de retard –, une affiche aussi alléchante que difficilement prévisible en début de saison.
L'émule de Bode Miller
Car si la classe de Schwarz – triple médaillé d'or aux Jeux olympiques de la jeunesse de 2012, champion du monde 2021 du combiné alpin et lauréat du globe de slalom 2021 – est connue depuis longtemps, sa carrière a été empoisonnée par les blessures.
Gravement touché au genou gauche en février 2019, il a réussi une saison de rêve en 2021 – six podiums en sept slaloms – avant de se déchirer un ligament de la cheville gauche fin 2021, et surmonter à nouveau doutes, douleurs et sensations en berne.
Fan depuis l'enfance de l'Américain Bode Miller, dernier skieur à s'être imposé dans toutes les disciplines, Schwarz a non seulement réussi à revenir, mais à affirmer une polyvalence devenue exceptionnelle sur le circuit masculin.
"On ne se rend pas compte mais c'est dingue ce qu'il fait, toutes disciplines confondues", soulignait récemment le Français Victor Muffat-Jeandet dans le podcast The Frenchie Outdoor, louant "la finesse" technique de l'Autrichien.
Révélé entre les piquets serrés, Schwarz avait découvert grâce au combiné alpin les pistes de vitesse les plus mythiques comme celle du Lauberhorn à Wengen, où il a signé une superbe 6ᵉ place dès sa première descente de Coupe du monde en 2023.
"Revanche" en vue à Bormio
"Pour ma première reconnaissance, je me suis retrouvé à la 'Tête de chien' (un saut à l'aveugle entre deux rochers à Wengen, NDLR) et je me suis dit 'ces descendeurs sont dingues'", racontait-il en novembre au podcast The Alpine Pulse. "Mais une fois en course, j'étais surpris que ce ne soit pas si effrayant."
À l'aise sur skis longs, Schwarz ose à l'entame de la saison 2023-2024 le pari fou de s'aligner dans toutes les épreuves pour disputer le gros globe à Odermatt, une stratégie d'abord payante puis brisée par sa chute à Bormio.
Victime d'une déchirure d'un ligament croisé et du ménisque du genou droit, l'Autrichien s'est patiemment rééduqué aux côtés de son compatriote David Alaba, défenseur au Real Madrid, avant de batailler avec une nouvelle lésion au dos.
Désormais rétabli, il lorgne d'ores et déjà le petit globe de la Coupe du monde de géant – classement dont il occupe la troisième place provisoire – et rêve d'une "revanche" sur la piste de Bormio, qui accueillera en février les Jeux olympiques, confiait-il à The Alpine Pulse.
Ses ambitions demeurent plus modestes en slalom, où il doit d'abord grignoter des points pour retrouver de meilleurs dossards, loin de la bataille que se livrent pour l'heure Norvégiens et Français: vainqueur mercredi soir à Madonna di Campiglio, Clément Noël peut s'emparer du dossard rouge de la spécialité s'il récidive dimanche à Adelboden, où il s'était imposé l'an dernier.
