Perdre contre Yevgeni Kafelnikov n'a jamais rien eu d'infâmant, surtout en demi-finale d'un tournoi, surtout face à un adversaire qui reste sur un titre et une finale à l'Open d'Australie. Pour Arnaud di Pasquale, le rêve d'un improbable titre olympique s'est évanoui en deux sets (6-4, 6-4). après avoir sorti rien de moins que Nicolas Kieffer (nª13 mondial, tête de série nº9), Vladimir Voltchkov, Magnus Norman, tête de série nº3, en 1/8 de finale après avoir été mené 5-2 dans le premier set puis 5-1 dans le second (7-6 (4), 7-6 (2)) et enfin Juan Carlos Ferrero, tête de série nº8, au tour suivant (6-2, 6-1).

Invité surprise de la sélection française après le forfait de Sébastien Grosjean, "Dip" n'est pas sur une dynamique exceptionnelle : une victoire lors de ses 4 derniers tournois. Pourtant il est dans la zone, il en est convaincu depuis sa victoire contre le Biélorusse Vladimir Voltchkov, récent demi-finaliste à Wimbledon. Qualifié au 2e tour sans se trouver excellent alors qu'il a renversé Nicolas Kieffer (tête de série nº9), futur numéro 2 mondial, le Français est convaincu qu'il sera champion olympique. Et encore plus après sorti Magnus Norman (tête de série nº3), au terme d'un match remporté en deux tier break après avoir été mené 5-2 puis 5-1, puis Juan Carlos Ferrero (tête de série nº8), corrigé 6-2, 6-1, probablement le meilleur match de sa carrière. Finalement, "Kafel" joue un ton au-dessus et c'est sans regret que le joueur de 20 ans se focalise sur le match pour la médaille de bronze.
Quand Roger n'était pas encore Federer
Il affronte un joueur de deux ans son cadet, un certain Roger Federer. À cette époque, le Suisse a fêté son 19e anniversaire en août et si sa réputation est flatteuse, avec un 1/8 de finale à Roland-Garros en mai, il reste sur une élimination au 1er tour à Wimbledon face à... Kafelnikov.
Revers à une main face revers à une main mais stade à moitié plein : le Central est pourtant témoin d'un match accroché où Di Pasquale manque une balle de match dans le tie-break du deuxième set. Les deux joueurs n'ont rien lâché sur leur service et tout se décide dans le troisième set. Or en 2000, Roger n'est pas encore Federer. À l'époque, les joueurs du circuit savent deux choses du Suisse : il est pétri de talent mais il est capable de disjoncter quand la pression augmente. Di Pasquale a cette donnée bien en tête et c'est lui qui breake pour l'emporter.
"Rodgeur" est en larmes mais il se consolera : c'est à Sydney qu'il rencontre une certaine Mirka Vavrinec qui deviendra son épouse. Pour "Dip", ancien numéro nº1 mondial junior, cette médaille de bronze sera son seul "titre" majeur mais il reste le premier et toujours à ce jour le dernier médaillé olympique masculin en tennis. S'il a eu une carrière honnête, avec un meilleur classement situé à la 46e mondiale, le Français n'a jamais retrouvé un tel niveau de jeu, digne d'un Top 10.
Devenu DTN, c'est lui qui a dirigé la délégation française à Rio, en 2016. Convaincu qu'il aurait une équipe aussi investie et transcendée que lui, il connaîtra l'exact inverse de son odyssée australienne où tout est allé de travers pour aboutir à un fiasco historique. La force de conviction pour le tournoi olympique n'est pas donnée à tout le monde...
