"Deux choses à améliorer" pour les JO 2030, selon le directeur des Jeux au CIO

Christophe Dubi à Milan le 9 février.
Christophe Dubi à Milan le 9 février.MAJA HITIJ/GETTY IMAGES VIA AFP

Le directeur des Jeux au sein du Comité international olympique, Christophe Dubi, relevait ce samedi deux aspects des JO de Milan Cortina "à améliorer" en 2030 dans les Alpes françaises : décentraliser l'organisation, regrouper les cérémonies de médailles.

QUESTION : Ces Jeux italiens ont inauguré un modèle géographiquement éparpillé qui sera reproduit en France. Quel bilan en tirez-vous ?

RÉPONSE : "Sur la livraison, globalement, c'est plutôt une satisfaction générale. Les études de la part des spectateurs et des athlètes sont très positives.

Je crois qu'il y a peut-être deux choses à améliorer. Un, c'est qu'à Bormio (où se déroulaient l'alpin masculin et le ski-alpinisme, ndlr), ils se sont sentis très seuls. Je le connecterais au fait qu'on a remis toutes les médailles dans les sites, avec ensuite des zones de célébration. Or, ces zones de célébration, si on n'a pas une place des médailles, ça ne marche pas forcément tous les soirs. Donc repartir sur ce concept de 'place des médailles' – avec, dans un contexte comme la France, quatre places qui peuvent même interagir – c'est un concept à creuser.

Et puis on se dit aujourd'hui qu'on doit décentraliser le mécanisme de livraison des Jeux: celui qui planifie l'opération, le transport, la sécurité, tous les services, la gestion des sites, etc, le planifie en étant sur place avec les acteurs locaux. Ça, pour les Alpes françaises, ça pourrait se traduire dans une organisation un peu plus décentralisée qu'elle ne l'a été à Milan. Ça a été quand même un peu inefficace ici : on n'a eu aucun problème d'opération, mais ça a été difficile en phase amont."

Q : En termes d'ambiance, les tribunes à Bormio n'étaient pas loin d'être pleines, et pourtant on était loin de Kitzbühel ou des grandes étapes de Coupe du monde de ski alpin. Est-ce perfectible ?

R : "Kitzbühel, Schladming, Adelboden... Le problème des Jeux olympiques, c'est qu'on n'arrive jamais à des jauges pareilles. Impossible, le système de sécurité est tel qu'on ne fait pas juste un contrôle du billet, on rentre dans (l'équivalent d') un aéroport, par des portiques de sécurité. Ce sont des flux contrôlés en amont, avec l'ensemble des véhicules. On ne peut pas avoir le joyeux bazar de certaines Coupes du monde. On est victime d'un système olympique qui est très sophistiqué et qui, depuis 1972 (et le meurtre de onze athlètes israéliens enlevés par un commando palestinien en plein village olympique à Munich, ndlr) est contraint de sécuriser au maximum tout le dispositif."

Q : Quel regard portez-vous sur la crise de gouvernance qui secoue le Comité d'organisation des JO 2030 ?

R : "C'est un problème de personnes, soyons bien clairs. Je l'ai dit à plusieurs reprises, ça n'est pas confortable du tout.

Et puis, de l'autre côté, il y a la réalité des faits, c'est-à-dire ce qui a été livré et ce que l'on doit livrer. Et là, je peux vous rassurer, on est très clairs sur où nous en sommes et ce que nous devons faire ce printemps (...) Il faut garder la tête froide dans ces circonstances-là (...). Et là, il y a effectivement peu de temps à perdre.

(Pour Milan Cortina) le dispositif, globalement, a été livré assez tard, y compris en montagne. Et chaque fois qu'on est à la limite, ça tend le système, parce qu'on ne peut pas tester (...) Il faut absolument éviter une livraison tardive, que ce soit des sites temporaires ou un site pérenne, comme le pôle de Nice."

Q : Est-ce qu'Edgar Grospiron est encore l'homme de la situation à la tête du Cojop ?

R : "En lisant (vendredi) la presse avec les déclarations de certains des membres du bureau, il me semble que c'est rassurant. Même si nous sommes probablement les plus gros investisseurs sur le projet Alpes françaises, en tout cas dans le budget du comité de l'organisation, il y a des limites que l'on ne doit pas franchir en tant qu'institution: ce qui se passera au niveau de la gouvernance doit être décidé par les organes du comité d'organisation. Ils ont une séance demain (dimanche, ndlr) de leur bureau. Ils vont probablement discuter de toutes ces questions-là pour faire un point sur l'état de la situation, notamment par rapport au directeur général. J'imagine qu'ils vont parler de la présidence aussi, et c'est bien normal."