De 75e mondiale à lauréate des WTA Finals, la résurrection de Caroline Garcia

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De 75e mondiale à lauréate des WTA Finals, la résurrection de Caroline Garcia
Caroline Garcia peut exulter, elle a écrit le plus beau chapitre de sa carrière.
Caroline Garcia peut exulter, elle a écrit le plus beau chapitre de sa carrière.
AFP
En mai dernier, on ignorait quelle trajectoire prendrait la carrière de Caroline Garcia. Six mois plus tard, la Lyonnaise a apporté la réponse à coups de performances bluffantes et de titres majeurs. La voilà où elle était voilà cinq ans, en espérant rester au top cette fois.

En 2011, un certain Andy Murray avait tweeté ceci : "La fille qui joue contre Maria Sharapova sera un jour n°1 mondiale" à l'occasion de la première apparition de Caroline Garcia dans le grand tableau de Roland-Garros. Après un succès contre la modeste Tchèque Zuzana Ondrášková, elle avait offert une sacrée résistance à la multiple lauréate de Grand Chelem, s'inclinant 3-6, 6-4, 6-0, alors qu'elle n'avait pas 18 ans.

11 ans plus tard, la Française n'est toujours pas n°1 mondiale. Mais elle est de retour à la 4e place du classement WTA, son meilleur classement atteint en 2018. À l'époque, elle avait rapidement perdu pied et n'avait pu se maintenir parmi l'élite. Qu'en sera-t-il aujourd'hui ?

L'espoir sans confirmation

On a été époustouflés par le niveau de jeu de Caro depuis juin. À un tel point qu'on se demande comment elle a pu le perdre, ce niveau. Quand elle avait réellement explosé aux yeux du monde entier, en 2017, on s'est dit qu'on tenait la nouvelle locomotive du tennis féminin français.

À l'époque, cela faisait quatre ans que Marion Bartoli avait causé une gigantesque surprise en remportant Wimbledon 2013, avant d'en causer une seconde non moins énorme en annonçant sa retraite dans la foulée. Si Kristina Mladenovic s'était notamment distinguée en atteignant la 10ème place mondiale, et Alizé Cornet la 11ème, cela ne dura pas, et il fallait une vraie leader. 

Alors, quand Garcia a atteint les quarts de finale de Roland-Garros 2017, et surtout quand elle a signé encette  fin de cette saison un fabuleux doublé lors des WTA 1000 de Wuhan et Pékin, l'espoir était permis. Si elle n'avait pas confirmé réellement en 2018 (malgré quatre quarts de finale en WTA 1000 et deux 1/8èmes de finale en Grand Chelem), à 25 ans, elle entrait dans son prime, et tout était encore possible dans un circuit féminin en constante mutation.

Une blessure, des déceptions

Malheureusement, la suite sera moins rose. Pourtant, la saison 2019 semble d'assez bonne facture sur le papier, avec un titre à Nottingham, et surtout, une victoire en Fed Cup historique. La vérité, c'est qu'hormis ces deux résultats et une finale à Strasbourg, elle ne disputera aucun autre quart de finale en 25 tournois.

Et la saison 2020 commence sur les même auspices. Quatre victoires pour six défaites, avant l'arrêt des compétitions à cause de la pandémie. Des revers très durs à avaler contre des joueuses anonymes - Lizette Cabrera, Bernarda Pera - qui laisse à penser que la Française est en bout de course. Mais cet arrêt forcé des compétitions est salvateur pour la Française. Du moins le pense-t-on.

Et dans un premier temps, on pense avoir raison. La Française signe quelques succès de prestige contre des lauréates de Grand Chelem - Sloane Stephens, Karolina Pliskova - et va jusqu'en 8èmes de finale du fameux Roland-Garros en octobre. Avant qu'une blessure au pied ne vienne la faucher en plein vol et mettre fin à sa saison. 

Au bord du précipice

Alors, quand elle reprend du service en janvier 2021, on ne sait plus vraiment quoi en penser. La chute est conséquente au classement - elle est alors 43ème mondiale. Elle a 27 ans, et la question est sur toutes les lèvres : Va-t-on revoir la grande Caroline Garcia de 2017-18 ?

La réponse est négative. 27 victoires pour 25 défaites, un seul quart de finale (et une demi-finale, à Parme). Et une bonne douzaine de revers que l'on peut considérer comme embarrasants, contre des joueuses hors top 100 où qui n'ont jamais eu l'aura de la Française.

À tel point que l'on peut considérer la saison 2022 comme la dernière chance de la Française. En début de saison, l'ordre mondial est établi sur le circuit WTA. Ashleigh Barty est la n°1 mondiale incontestée, et le prouve en remportant chez elle l'Open d'Australie. Là où Caro chute dès le premier tour contre la qualifiée Hailey Baptiste

Au fond du trou, la Tricolore redonne signe de vie, chez elle, à Lyon. Une demi-finale, la première depuis plus de neuf mois, acquise à la force du poignet, avec trois succès en trois manches. Certes, elle paye la note en demi-finales, mais on la pense quelque peu relancée, et surtout, qu'elle vaut plus que sa 70ème place. 

Mais une nouvelle fois, son pied lui joue des tours. À tel point qu'elle manque de déclarer forfait pour Roland-Garros. Dieu merci, ce ne sera pas le cas, car si elle chute dès le deuxième tour en simple, c'est bien à Paris que sa résurrection va démarrer.

Départ canon sur le gazon

Pas en simple, mais en double, avec une certaine Kristina Mladenovic. Un duo qui avait déjà remporté ce tournoi en 2016, qui avait offert le point décisif lors de la finale de Fed Cup 2019. Les querelles du passé appartiennent au passé, et la paire va triompher porte d'Auteuil pour la deuxième fois. On aperçoit enfin la joie sur le visage de la Française, comme si la pression s'était évanouie, comme si elle jouait enfin son tennis d'attaque.

Mais un tournoi de double, Grand Chelem ou pas, reste un tournoi de double. Et on ignore quels effets ce triomphe, aussi inattendu soit-il, aura sur son niveau en simple. Même quand elle s'impose à Bad Homburg trois semaines plus tard, les avis sont partagés. D'un côté, on est impressioné par la résilience de la Française lors de ce tournoi, puisqu'elle semble éreintée à chaque match, mais trouve les ressources pour l'emporter contre des adversaires très solides - Alizé Cornet et Bianca Andreescu.

Mais de l'autre, quand on la voit, au premier tour de Wimbledon, devoir aller jusqu'au tiebreak du troisième set pour vaincre la très modeste invitée locale Yuriko Lily Miyazaki, on reste circonspect. Certes, elle ira en 8èmes de finale du Grand Chelem londonien, sortant notamment l'idole locale Emma Raducanu. Mais impossible de savoir à ce moment là si cela peut perdurer. D'autant que ces résultats ont eus lieu sur gazon, surface qui sied à son jeu offensif.

Petit à petit, l'espoir grandit

La tournée sur terre battue va apporter une partie de la réponse. Trois tournois, une demi-finale à Lausanne, un quart à Palerme, avant l'exploit. Opposée à Iga Swiatek, chez elle, en quart de finale à Varsovie, Caroline signe une première vraie performance de grand standing - loin de nous l'idée de dénaturer son titre à Bad Homburg, mais tout de même.

Un succès 6-1, 1-6, 6-4 sur la n°1 mondiale incontestable, pour aller rafler ensuite le titre du tournoi polonais. Cette fois, c'est du sérieux, pense-t-on. Un enthousiasme douché dès le début de la tournée nord-américaine sur dur. Lors du WTA 1000 de Toronto, elle chute dès le premier tour après une rude bataille contre Alizé Cornet. Des hauts, des bas. 

Alors, quand elle entame en qualifications le WTA 1000 de Cincinnati, les ambitions sont modérées. Mais Caroline Garcia se transforme chaque semaine, apprenant quelque chose de chaque défaite. Et cela va déboucher sur un triomphe dans l'Ohio.

Première joueuse à remporter un WTA 1000 en sortant des qualifications. Seule joueuse en 2022 à remporter un titre sur trois surfaces différentes. Que du lourd comme adversaires - Maria Sakkari et Aryna Sabalenka, dont on reparlera plus tard, mais aussi Jessica Pegula et Petra Kvitova en finale. Toutes emportées par la nouvelle Caro qui, finalement, ressemble assez à l'ancienne. À quelques détails près.

New York, le théâtre des rêves

À commencer par le service. La Française distille les aces, frappe fort, frappe juste. Les coups gagnants pleuvent lors de ses matchs, l'enthousiasme est communicatif, la joie de Caro ravive la nôtre de la voir jouer. Et l'on se prend à rêver. 

Car c'est l'US Open, dernier Grand Chelem de la saison, qui se présente alors. Celui des quatre dans lequel elle est le moins en réussite, le seul où elle n'a jamais franchi le troisième tour. Et on a peur de la désillusion. On a peur qu'elle en ait trop fait et dévoilé ses cartes à Cincinnati, pour chuter trop tôt à New York.

La réponse sera triomphante. Pour la première fois de sa carrière, elle va atteindre le dernier carré d'un Grand Chelem. Seule Ons Jabeur, incontestable deuxième meilleure joueuse de la saison, viendra la maîtriser. Une étape de plus, en seulement trois mois. Et un nouveau statut, celui de joueuse crainte, que tout le monde veut faire tomber. 

Coup de Trafalgar

Ce à quoi elle va mettre quelques temps à s'habituer, ne remportant qu'un succès lors de ses trois tournois après New York. Le travail était de toute façon fait pour une qualification aux WTA Finals - on insiste, mais elle était 70ème mondiale en juin ! 

Et cette fois, ces défaites ne déclenchent pas de sensations négatives. On est en fin de saison, les corps sont fatigués. Le revers à Tokyo contre une de ses nemesis, Zhang Shuai, pour son premier match après l'US Open, voit la Française décocher un total ahurissant de 27 aces ! 

Alors qu'on pense que tout est reparti comme sur des roulettes, une nouvelle surprenante fuite alors. Bertrand Perret, l'entraîneur qui avait pris en main la Française fin 2021, met fin à leur partenariat. Il évoque des raisons extra-sportives, sans qu'on puisse en savoir d'avantage.

Un coup dur, puisque beaucoup de crédit lui avait été accordé dans la transformation de la Française. Qui plus est à un tournoi de la fin de la saison. Et pas des moindres, les prestigieuses WTA Finals, la crême de la crême. 

La consécration

Un rebondissement qui tempère les attentes autour de Caroline Garcia avant les débuts des Finals. D'autant qu'elle se retrouve en poule avec Iga Swiatek - autant dire qu'elle va lutter pour la deuxième place. Certes, elle ne pourra rien contre la Polonaise. Mais elle s'était mise dans de bonnes dispositions d'entrée de jeu en dominant Coco Gauff. Ce qui lui a ouvert les portes d'un pseudo quart de finale pour son dernier match de poule face à Daria Kasatkina

Un match somptueux contre une adversaire connue pour sa résistance, et qui a failli voir la rencontre pencher en sa faveur. Mais au final, Garcia a été la plus constante des deux, montrant à quel point elle avait changé. D'ailleurs, on a pu, de l'extérieur, apercevoir un déclic mental sur une rencontre qu'elle aurait sans doute perdu six mois en arrière. 

Avant le bouquet final. Une véritable démolition d'une Maria Sakkari pourtant invaincue en poules lors des demi-finales. Puis la consécration en finale contre Aryna Sabalenka. Pourtant, la Biélorusse était galvanisée puisqu'elle venait tout simplement de faite chuter Iga Swiatek. Mais elle n'a rien pu faire contre la solidité de la Française.

Un succès 7-6, 6-4, avec notamment une seule balle de break dans tout le match, obtenue et convertie par la Française en début de deuxième manche. Un froid réalisme, une aggressivité sans pareil, une puissance et une confiance retrouvées : Un cocktail détonnant qui a fait d'elle la deuxième Française à remporter ce tournoi après Amélie Mauresmo en 2005. Cerise sur le gâteau, la voilà n°4 mondiale, comme aux plus beaux jours. 

Et maintenant ?

On ne vas pas se mentir, après cette période exceptionnelle, on n'attend qu'une chose de la Française : Une finale en Grand Chelem. En 2023 de préférence, où elle aura une très très grosse carte à jouer lors de l'Open d'Australie. N'ayant que peu de points à défendre sur la première partie de saison, une belle performance sous le soleil australien pourrait tout simplement lui offrir la deuxième place mondiale. 

Mais il n'y a pas que les Grands Chelems dans la vie. Caroline Garcia est troisième exaequo au classement des Françaises ayant remporté le plus de titres (12) derrière Mary Pierce (18) et Amélie Mauresmo (25). Si rattraper l'ancienne n°1 mondiale semble présomptueux, la deuxième place est tout à fait envisageable.

Mais surtout, surtout, on veut continuer à voir la Française rayonner sur le court. Car cela semble être une des clés de son succès. Ce bonheur communicatif qui a encore irradié la nuit dernière. Les émotions qui en ont découlé pour le grand public. Pour tout cela, merci Caro. Et il reste énormément de temps pour en vivre de nouvelles.