Les organigrammes des clubs sont de plus en plus fournis et donc de plus en plus opaques. Alors si on ajoute les conseillers officieux, on ne s'en sort plus. L'interview vengeresse de Xavi Hernández à La Vanguardia a mis en exergue le rôle d'Alejandro Echevarría, ex-beau-frère de Joan Laporta aux fonctions influentes quoique officieuses auprès du président blaugrana en quête d'un ultime mandat dimanche prochain.
Faiseur de roi
Xavi a de quoi l'avoir mauvaise. Champion dès sa première saison complète alors qu'il était arrivé en plein marasme et un Camp Nou à peine rempli à moitié, il avait vu sa dynamique en prendre un sacré coup quand Ronald Araújo a saboté le 1/4 de finale retour contre le PSG alors que le Barça avait à ce moment-là deux buts d'avance sur l'ensemble des deux matches.
Après une déroute à domicile contre Villarreal (3-5) en janvier, l'ancien capitaine devenu entraîneur avait remis sa démission mais Laporta l'avait convaincu de rester jusqu'à la fin de saison... avant de l'écarter définitivement quelques mois plus tard. "Il me vire sans me dire la vérité, conditionné par une personne qui, je crois, est au-dessus du président, qui est Alejandro Echevarría. Autrement dit : celui qui me vire comme entraîneur, c'est Alejandro". Et d'ajouter sur celui qui était son ami : "ainsi fonctionne ce Barça, c'est pratiquement Alejandro Echevarría qui dirige. C'était une personne avec qui j'avais une relation intime d'amitié et ma déception est peut-être plus grande que mon départ du Barça. Il m'a complètement déçu".
Si Xavi lui a demandé, en présence du directeur sportif Deco et de son adjoint Bojan Krkic, quel était précisément son rôle dans le board blaugrana, ce n'est pas pour rien : l'ancien international portugais et Echevarría avaient fait des affaires au Gabon, pays où Quim, le fils de Laporta, est devenu directeur sportif des Panthères à l'époque où José Antonio Camacho était le sélectionneur. Et une fois que Jordi Cruyff a quitté son poste, Deco lui a succédé.
Cette interrogation est intervenue dans un contexte délicat pour Xavi, passé du Capitole à la roche tarpéienne par le funiculaire du Tibidabo. Sa fin de mandat avait été très difficile, notamment au niveau médiatique. Pour lui, Echevarría lui a clairement savonné la planche : "Alejandro s'est consacré à parler avec les joueurs, comme Sergi Roberto, Ronald Araújo, Pedri ou Raphinha, en leur disant que je voulais les vendre". Le ton des conférences de presse était d'ailleurs houleux, le Catalan étant souvent sur la défensive, à mille lieues de ce que peut vivre Flick qui, de toutes façons, ne maîtrise pas assez l'espagnol et le catalan pour être impacté par les propos de la presse locale. Alors qu'Echevarría arguait le fait que le Barça de Xavi ne courait pas assez (ce que le principal intéressé a infirmé, affirmant que son équipe n'avait pas de rivale dans cet aspect-là depuis le Barça de 2003), Julio Tous, préparateur physique, et Raúl Martínez, physiothérapeute, ont fait leur arrivée et resteront au club quand Flick sera nommé.
Dans le quotidien catalan Ara (propriété de... Font), le journaliste Xavi Hernández Navarro évoque les doutes du technicien allemand et des joueurs nés il y a un an, alors que le Barça visait le titre en Ligue des Champions : "le duo Tous-Martínez a très bien fonctionné, surtout durant les deux premiers tiers de la saison dernière. Cependant, le déclin physique, devenu évident lors du match fatidique contre l'Inter, a engendré plusieurs conflits liés à la récupération des joueurs". La nouvelle blessure de Gavi au genou droit, les rechutes de Raphinha, les absences de Pedri pendant un mois puis celles de Jules Koundé et Alejandro Baldé depuis la demi-finale retour de la Copa del Rey contre l'Atlético : le vestiaire grince et des poids lourds réclameraient à Flick "une nouvelle coordination des rééducations par les médecins, une tâche que Tous avait prise en charge après l'été, avec l'accord d'Echevarría".
Dans un tel sac de noeuds, difficile de croire que c'est Echevarría qui a renoué le contact entre Laporta et Xavi, qui était l'homme de base de la candidature de Font, parti pour succéder à Josep María Bartomeu, jusqu'à l'irruption inattendue de Laporta qui a avant tout misé sur son passif pour redevenir président en 2021. Surtout, des langues plus ou moins bien intentionnées, affirment qu'Echevarría n'est pas insensible à la gestion de la communication, surtout quand les fuites viennent de lui...
Xavi espérait-il poursuivre malgré tout sa mission ? Quoi qu'il en soit, Laporta rêvait d'un coach allemand et il a convaincu Hansi Flick de venir après son échec à la tête de la Nationalmannschaft, avec une réussite certaine puisque les Blaugranas ont signé le triplé domestique et ont atteint les demi-finales de la Ligue des Champions où ils ne s'aventuraient plus depuis 2019. Au passage, Laporta a égratigné son ancien entraîneur, avec un certain manque de classe : "Flick gagne avec les mêmes joueurs qui perdaient avec Xavi". Ce qui est factuellement faux puisque "El Pelopo" a remporté une Liga et une SuperCoupe, sans oublier que c'est lui qui a lancé un certain Lamine Yamal qui fait le bonheur sportif et financier du Barça.

Le bras long
Au-delà du cas personnel de Xavi et de son appui pour Víctor Font, seul adversaire de Laporta, cet entretien accordé une semaine avant le vote évoque un aspect méconnu : les conseillers de l'ombre. Bon ange ou âme damnée, ces personnages ont l'oreille des décideurs, souvent grâce à un lien de proximité inattendu. En l'espèce, Laporta était marié à la soeur d'Echevarría, un homme si secret qui, malgré son ascendance, n'a même pas de fiche Wikipedia à son nom. Et il faut être un fin connaisseur des arcanes blaugranas pour apercevoir un bout de son visage lors d'une photo protocolaire lors de la dernière finale de la Copa del Rey en compagnie de Laporta, Florentino Pérez et du Roi Felipe VI.
Son père, Alejandro Echevarría Puig, fut un entrepreneur très influent avec un CV chargé : éphémère directeur général de Correos y Telecomunicación (La Poste espagnole) en 1976, il fut également président de Fuerza Eléctricas de Cataluña (FECSA), de Nissan Motor Ibérica, de Cable and Television of Catalonia, du Conseil social de l'Université Pompeu Fabra et de la Fondation Institut Guttmann, ainsi que vice-président du World Trade Center de Barcelone et conseiller du port de Barcelone. Proche du Premier Ministre José María Aznar (1996-2004), il avait aussi présidé pendant plusieurs décennies la Fundación Francisco Franco, mandat qu'il avait transmis à son fils en 1996 quand c'était devenu trop visible, ce qui avait tout de même contraint ce dernier, alors directeur de la sécurité et des relations avec les joueurs, à quitter le FC Barcelone en 2005. L'année suivante, Laporta avait défendu son ami qui avait contribué à exfiltrer les Boixos Nois du Camp Nou et facilité les naturalisations de Sylvinho et Messi, avec des propos d'autant plus erronés que les preuves étaient disponibles publiquement : "Echevarría n'est pas, n'a pas été et ne sera pas à la Fundación Franco". Il a reconnu par la suite son erreur... mais a maintenu son ami en poste, jusqu'à sa démission.
Dans un article d'octobre 2023, le journaliste Josep María Cortés avait été mordant dans les colonnes de la Crónica Global d'El Español pour expliquer la deuxième vie d'Echeverría au Barça: "il s'en est sorti indemne, comme toujours, et c'est alors qu'il a disparu. Dès lors, l'ami des footballeurs est devenu l'homme de confiance du club, et son influence, exercée en coulisses, s'est accrue à mesure que les problèmes s'accumulaient. Il l'a fait bénévolement : sans argent, sans poste, sans visibilité. On sait qu'il a joué un rôle clef lors du premier mandat de Laporta et qu'il est revenu discrètement sous la nouvelle direction de son ami. Pour ce second passage, il est entré par la porte du "gabinetto di riflessione", la porte qui mène au cœur même du pouvoir, tel un temple maçonnique".
Son importance lors de la deuxième élection de Laporta a été essentielle, comme l'a rappelé Ferran Correas dans Diario Sport : "il a été clef pour obtenir l'aval bancaire nécessaire pour prendre possession du poste. Il peut se vanter d'un carnet d'adresses incroyablement important, avec des liens internationaux, comme l'a démontrée sa médiation pour le transfert de Pierre-Emerick Aubameyang, mais aussi pour l'arrivée de l'ex dirigeant Jaume Ferrer au Gabon pour professionnaliser le championnat".
Effectivement, Echevarría a usé de son entregent pour convaincre Banco Sabadell de verser cet aval indispensable. Dans un article publié en mai 2025 sur Via Empresa, le consultant en communication Albert Roura, ancien dirigeant du Barça lors du premier passage de Laporta à la tête du club avant de rejoindre la candidature de Font en 2020, ajoute que "depuis lors, cinq avals ont été signés avec la même entité bancaire. Différentes injections de 10, 6.6 et 12 millions d'euros qui ont été décisives pour l'inscription de quelques-uns des derniers transferts". Précision importante : depuis mars 2025, son frère Álvaro est devenu le chef de cabinet du nouveau président de Telefónica, après avoir été vice-directeur général et responsable du secteur des relations institutionnelles et de la sécurité corporative de... Banco Sabadell. Pour lui, Echevarría est "revenu, de manière très discrète, tirer les ficelles dès le premier moment du nouveau mandat de son ex-beau frère. Le thème de la sécurité du club est un des premiers qu'il dirige".
Sans surprise, Laporta est venu à son secours lors du débat organisé par... La Vanguardia et Rac-1 lundi matin : "ça me fait mal que Xavi se fasse utiliser pour me faire du mal et atteindre une personne de confiance comme Alejandro Echevarría. Lui comme Rafael Yuste ont défendu la continuité de Xavi, même quand il était indéfendable. Alejandro a une connexion parfaite avec Deco. Il est intelligent, intègre et courageux. Il a une grande responsabilité pour résoudre les problèmes". Ainsi, Echevarría est réputé pour savoir manoeuvrer lors des conflits avec LaLiga et la fédération, sans oublier avec la grada animació, de retour depuis la demi-finale retour de Copa del Rey contre l'Atlético. C'est aussi lui qui aurait influé au premier chef pour empêcher la prolongation de Lionel Messi, ce qui a entraîné le départ de l'Argentin au PSG, avant d'oeuvrer pour un rapprochement avec l'entourage de la Pulga pour un retour... et de ne jamais envoyer à Jorge Messi, les garanties bancaires nécessaires. Dans ce feuilleton improbable, toutes les interventions se mélangent, que cela soit celle de Xavi lui-même de Laporta et même de Javier Tebas qui, ce lundi, a affirmé que LaLiga n'avait pas ouvert la porte à un retour en raison des moyens financiers du Barça de l'époque... alors qu'un "plan Messi" avait pourtant été esquissé, plan totalement illusoire vu les difficultés pour inscrire les joueurs et l'impossibilité d'activer un levier né des contrats liés au retour du meilleur joueur de l'Histoire du club.
Trois jours avant le "Xavigate", Elena Fort, vice-présidente du FCB et seule femme sur la liste Laporta, avait été interrogée par Ara sur Echevarría, évidemment sans la moindre répercussion. S'il n'a aucune charge officielle, il ne fait aucun doute qu'il fait partie de l'équipe dirigeante : "comme toutes les personnes qui font partie de cette équipe, chacun tient son rôle et ses fonctions. Je crois qu'à l'heure actuelle, Alejandro est indispensable pour le fonctionnement de tout le projet". Même s'il fut le président de la Fundación Francisco Franco, ce qui est tout de même très dérangeant quand on travaille au Barça ? "Je me sens à l'aise avec les gens qui travaillent, et voilà", a répondu laconiquement l'avocate en urbanisme.
Passé de l'ombre à la lumière en quelques déclarations, Echevarría est devenu un personnage exposé, à quelques jours de l'élection. En connectant son nom à celui de Messi, Xavi a tenté un coup de poker médiatique pour renverser la tendance, actuellement nettement en défaveur de son ami Font. Mais in fine, ce sont les socios qui votent, et souvent majoritairement dans le sens de la stabilité quand un président se représente.
