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Parce que le cyclisme professionnel actuel, ce n'est pas que Tadej Pogačar et Mathieu van der Poel. Il faut une équipe pour accompagner les grands leaders sur les courses les plus importantes, mais surtout, il faut un grand lieutenant. Un coureur qui a la capacité d'emmener son champion le plus loin possible, mais qui, le cas échéant, pourrait prendre les choses en mains en cas de pépin. Le fameux n°1 bis.
Est-ce le rôle le plus ingrat du cyclisme ? On est en droit de se poser la question sur une course comme Paris-Roubaix. Une des épreuves les plus dures de la saison. Et bien évidemment une course que n'importe quel coureur à l'aise sur les pavés rêve d'accrocher à son palmarès. Pour Jasper Philipsen (Alpecin-Premier Tech) et Florian Vermeersch (UAE Team Emirates – XRG), ce ne sera probablement pas pour cette année.
Vermeersch, l'ami indispensable
C'est Paris-Roubaix qui a révélé Florian Vermeersch au monde du vélo. Dès sa première année en tant que professionnel à plein temps, lors d'une édition de l'Enfer du Nord décalée en octobre, il a montré son incroyable talent en accompagnant Mathieu van der Poel et Sonny Colbrelli dans un final haletant après avoir initié une attaque qui l'avait porté en tête de la course à près de 150 km de l'arrivée !
Au bout d'une édition de légende sous la pluie et dans la boue, le Belge allait échouer de peu au sprint derrière l'Italien. Ou comment être immédiatement catalogué spécialiste des Flandriennes. Mais il a repris une nouvelle dimension la saison dernière, quand il a signé chez UAE Team Emirates – XRG. Objectif non avoué : avoir un coureur qui excelle vers les pavés pour emmener Tadej Pogačar vers son grand défi, gagner sur les pavés.
Rien que dimanche sur le Tour des Flandres, il a réalisé un magnifique travail préparatoire capital dans la victoire du champion du monde. Et, malgré les efforts consentis pour son leader, il a trouvé le moyen de prendre la septième place. Ce fut également le cas l'an dernier pour Paris-Roubaix, qu'il a terminé en 5ᵉ position. Frustrant ? Pas pour lui.
Lui préfère mettre en avant son équipe et son leader. "Il y a quelque chose de spécial dans cette équipe qui me donne beaucoup de confiance. Et puis rouler aux côtés d'un athlète aussi incroyable que Tadej, c'est vraiment gratifiant", a-t-il déclaré à l'AFP après le Ronde van Vlaanderen. Pas étonnant que le Slovène parle de lui comme d'un "vrai ami”. Car c'est lui qui l'a aidé à naviguer le mieux possible sur les pavés, et qui l'a transformé en candidat crédible à la victoire sur cette épreuve si particulière qu'est Paris-Roubaix.
Philipsen ne rechigne pas
Le cas de Jasper Philipsen est différent. Prioritairement, le Belge est un sprinteur de classe mondiale, fort de 60 victoires professionnelles, avec des succès prestigieux comme Gand-Wevelgem (voilà 15 jours), 16 étapes sur les Grands Tours, et bien évidemment Milan-San Remo 2024, son plus grand triomphe à ce jour.
Mais ce n'est pas assez pour être leader sur une course comme Paris-Roubaix. Logique, quand votre coéquipier est le triple tenant du titre de l'Enfer du Nord. Sauf qu'il ne faut pas oublier que lors des deux premières victoires du Néerlandais, c'est Philipsen qui l'accompagnait sur le podium, à chaque fois sur la deuxième marche.
La première fois, il a travaillé pour son leader, imprimant le rythme dans le groupe de tête avant de protéger la fuite du Néerlandais pour régler le reste au sprint. La deuxième, il a regardé VDP faire un one-man-show de 60 km en ramenant à la raison les rares coureurs qui ambitionnaient de revenir, et encore une fois, a fait parler son sprint pour ramener un doublé à sa formation… moins d'un mois après son triomphe sur la Primavera.
Un pedigree qui pourrait lui donner des ambitions pour ce dimanche. Mais face à la presse, il a tenu un discours de parfait équipier. "Je pense que battre Tadej Pogačar sera une tâche très difficile mais certainement pas impossible. Mathieu a déjà gagné trois fois ici, à Roubaix. C’est bien sûr notre meilleure chance pour une quatrième victoire. Et c’est ce qu’on va essayer de faire avec l'équipe."
Jouer sa carte ? Il ne l'écarte pas, mais c'est sous conditions. "Pourquoi est-ce que ça pourrait être enfin la bonne année pour moi ? Il faut juste courir la course, c’est une nouvelle occasion qui se présente avec peut-être un nouveau scénario et il y a tellement de choses qui peuvent arriver. Roubaix est une course qu’il faut toujours courir jusqu’au bout. Ce ne sera pas différent dimanche. Si les favoris se surveillent, je pourrais peut-être en profiter. Ou alors, peut-être que la victoire se jouera dans un groupe où je pourrai sprinter." Impeccable discours de n°1 bis.
Frustration ou héroïsme ?
Deux coureurs différents, deux carrières, deux styles, deux trajectoires qui n'ont rien à voir. Mais une constante : ce sont, dans leur style, deux champions qui se sont mis au service de champions. Ce qui pose nécessairement la question suivante : pourraient-ils triompher sur une telle course dans une autre équipe ?
On a eu un début de réponse pour Vermeersch sur le GP E3 Saxo Classic, répétition générale du Tour des Flandres. Propulsé leader en l'absence de Pogačar, il semblait avoir des jambes de feu. Il a commandé un groupe de contre, lancé à la poursuite de Mathieu van der Poel, rattrapant le Néerlandais contre toute attente… mais ruinant ses chances dans un final homérique, qui donnera des regrets au Belge, mais qui prouve une fois de plus son talent, à défaut de son sens tactique.
Le cas est bien évidemment différent pour Philipsen, qui a gagné plus que de raison, mais quasi-exclusivement au sprint. Pour lui, qui a gagné un Monument, on sait toutefois qu'il est capable d'assumer un statut de favori. Et de toute façon, il est souvent leader sur des courses qui lui conviennent. Mais fatalement, lors des deux fois où il a terminé deuxième de Paris-Roubaix, il a profité du fait que van der Poel soit en tête pour s'économiser et aligner tout le monde au sprint : le scénario rêvé… pour son équipe.
Mais c'est à l'image du cyclisme moderne, finalement : des conglomérats de coureurs de talent dans une même équipe, des coureurs qui acceptent la suprématie de leurs coéquipiers sur certains profils, et qui, peut-être, iront bénéficier d'un concours de circonstances pour jouer leur carte. Des coureurs comme Philipsen et Vermeersch qui auront un statut de leaders sur d'autres épreuves d'importance, mais qui, sur les rendez-vous les plus importants de l'année, acceptent un rôle d'équipier de luxe que certains dédaigneraient ne serait-ce qu'envisager.
Suffisant pour qualifier ces deux Belges de héros ? Réponse dimanche…
