Les records sont faits pour être battus : la performance de Bam Adebayo est sensationnelle

Bam Adebayo peut sourire : il est entré dans l'histoire.
Bam Adebayo peut sourire : il est entré dans l'histoire.Rhona Wise-Imagn Images

Si Bam Adebayo a réalisé le deuxième plus grand match au scoring de l'histoire avec ses 83 points, cela ne plait pas à tout le monde. Il est toutefois incompréhensible de dénigrer l'un des plus grands exploits de la décennie.

"Ce que vous vous apprêtez à lire, soyons clairs, pourrait très bien être qualifié de critique de la pire espèce. De plus, considérez cet avertissement comme se rapportant à la performance historique de Bam Adebayo mardi à Miami : je n'ai regardé que quelques minutes du match contre les Washington Generals, pardon, les Wizards, et je n'ai pas l'intention d'en voir davantage."

C'est par ces mots que Sam Amick, journaliste réputé collaborant notamment pour The Athletic et le New York Times, commence son opinion sur une performance qui a fait débat : dans la nuit de mardi à mercredi, Bam Adebayo a inscrit 83 points, dépassé les 81 de Kobe Bryant en janvier 2026, et s'est installé à la deuxième place au classement du plus grand nombre de points dans un match NBA derrière les 100 points de Wilt Chamberlain en 1962. 

À ce sujet - Bam Adebayo inscrit 83 points, deuxième meilleur total de l’histoire en un seul match NBA !

Et depuis cette performance, au lieu d'un concert d'éloges pour féliciter une performance historique, on a droit à un défilé d'acteurs actuels et passés de la NBA pour nous expliquer que cette performance ne vaut rien, ou pas grand-chose. 

Si les lancers sont justifiés, tout va bien

Un exemple parmi tant d'autres : Robert Horry, septuple champion NBA (soit le seul joueur avec autant de titres qui ne faisait pas partie des fameux Boston Celtics des années 1960), qui parle d'une astérisque à mettre sur cette performance, comme il l'a expliqué chez NBA Courtside. 

« 43 tirs, 43 lancers francs, j'ai vu quelques actions marquantes… 83 points, c'est impressionnant, mais il arrive un moment où il faut respecter le jeu. À certains moments, ce ne fut pas le cas. Ce sera le deuxième meilleur total de l'histoire, mais je veux y mettre une astérisque. »

Voilà ce qui pose problème : les lancers francs. 43 tentés, 36 réussis. Ce qui est bien évidemment un record dans les deux catégories. Ce n'est bien évidemment pas la façon de jouer la plus agréable à regarder. Mais c'est tout simplement l'expression d'appuyer là où ça fait mal chez l'adversaire. Les Wizards sont reconnus comme possédant une des pires raquettes de NBA depuis des années, l'attaquer sans relâche est une stratégie comme une autre. Et clairement, la quasi-totalité de ces lancers sont justifiés. 

Il ne s'agissait que d'un match de saison régulière banal, entre deux équipes qui ne brillent clairement pas cette saison. Le score est anecdotique (150-129), et oui, Eric Spoelstra aurait pu moins utiliser son pivot sur cette rencontre, puisque Bam Adebayo a joué près de 42 minutes sur 48 possibles. Mais le coach du Miami Heat a choisi de donner une chance à son joueur, parti sur des bases exceptionnelles (50 points en 25 minutes), de réaliser une performance all-time, celle qui n'arrive qu'une fois dans une vie. 

N'est-ce pas aussi ça, la NBA ? Voir un joueur, certes tout sauf un random (Adebayo est multiple all-star), dépasser ses limites et devenir une légende le temps d'un match ? Ou alors faut-il se contenter de regarder les mêmes joueurs et les mêmes équipes dominer la ligue sans aucune surprise ? On ne peut pas clamer que la période est exceptionnellement concurrentielle en NBA (7 champions différents d'affilée) pour reprocher que cela rejaillisse sur tout le monde. 

Battre les records est interdit désormais ?

Mais voilà qu'arrive le pire argument de la terre, chez Sam Amick donc (et pas que) : Bam Adebayo et le Heat auraient dû s'arrêter à 81 points plutôt que de tenter de battre le record de Kobe Bryant. Amateurs de sport, passez votre chemin : il ne faut pas battre les records désormais, il ne faut pas viser l'excellence, il ne faut pas chercher à surpasser l'idole de toute une génération (et peut-être d'Adebayo lui-même). 

Allez dire à Tadej Pogačar de ne pas gagner plus de 5 Tours de France pour ne pas effacer Eddy Merckx des tablettes, allez dire à Carlos Alcaraz et Jannik Sinner de ne surtout pas faire mieux que le Big Three, allez dire au prochain sprinteur qui commencera à se rapprocher des chronos d'Usain Bolt "ralentis avant la ligne d'arrivée !". Non, le vrai problème tient en le joueur lui-même.

Bam Adebayo n'est pas une star. C'est un excellent joueur, multiple all-star donc, pilier de Miami depuis son arrivée en NBA en 2017. Mais il n'est pas flashy, il n'est pas bankable, il n'a pas un jeu spectaculaire, il ne fait pas soulever les foules. Parfois même, il n'est considéré que comme "le compagnon" d'une certaine A'ja Wilson, une des superstars de la WNBA. 

Si cette performance avait été réalisée par Shai Gilgeous-Alexander, Luka Dončić ou même Victor Wembanyama, pour prendre un joueur qui évolue au même poste, cela n'aurait pas autant fait grincer des dents. "Wemby" a par exemple, quand il a réalisé son record en carrière la saison passée, atteint les 50 points en 32 minutes. Adebayo l'a fait en 26 minutes sur ce match. Quel rapport, me direz-vous ? À chaque fois, c'était contre les Wizards

Mais il faut mettre en exergue le plus gros problème : on touche à la legacy de Kobe Bryant. Une des icônes de la NBA, un statut renforcé par son décès tragique avant ses 40 ans. Un des joueurs les plus marquants de ce quart de siècle, dont les 81 points en 2006 sont le joyau absolu.

Pourtant, là encore, il ne s'agissait "que" d'un match de saison régulière comme un autre, dans lequel il jouera… 42 minutes sur 48 possibles, prendra absolument tous les tirs dans les dernières minutes, aura certes beaucoup moins de lancers, mais fera tout pour aller chercher le plus haut scoring possible et dépasser les 78 points de Wilt Chamberlain, alors la deuxième performance all-time. D'ailleurs, ses sept derniers points ont été inscrits… depuis la ligne des lancers.

Et dans l'époque actuelle, visiblement, on ne peut pas féliciter Bam Adebayo sans se souvenir de Kobe Bryant. Spoiler : si, on peut. Si une accusation pour viol ne lui a pas enlevé son statut de légende, ce n'est pas ce match qui le fera. Quant aux records, ils sont faits pour être battus. Pourquoi faire du sport en compétition sinon ? 

Respecter la performance

On a assisté à une performance sensationnelle : 83 points en un match. Cela n'arrive jamais. Pourquoi disserter ? Pourquoi essayer de diminuer la portée d'un exploit monumental ? Tout ce que l'on entend, c'est "forcément, avec 43 lancers obtenus, c'est bien plus facile". Bien sûr que oui, mais si c'est si facile, pourquoi personne n'a réussi avant ?

Bam Adebayo a shooté à moins de 50% sur ce match : il a trouvé un autre moyen d'aller scorer. La plupart des joueurs NBA, la plupart des stars sont obsédés par leurs statistiques, leur pourcentage de réussite au tir, au point de réclamer (et d'obtenir) que des shoots tentés ne comptent pas dans leur feuille de stats. Et quand un joueur, au mépris de son pourcentage, essaye et essaye encore jusqu'à réussir une performance historique, on trouve le moyen de faire la fine bouche. 

La NBA est bâtie sur les stars : les stars dictent leur loi, un état de fait déjà maintes fois évoqué. Et quand ce n'est pas une star qui réalise une performance all-time, l'écosystème NBA fait grise mine. Qu'importe : comme l'a dit un certain Giannis Antetokounmpo, "Peu importe comment vous y arrivez. Tout ce qui compte, c'est que vous y arriviez. Dans 30 ans, personne ne se souviendra du nombre de lancers francs qu'il a tirés." CQFD