La règle des 65 matchs en NBA, à ne surtout pas remettre en cause

Tout remettre en cause pour une blessure ?
Tout remettre en cause pour une blessure ?Imagn Images / ddp USA / Profimedia

La blessure de Nikola Jokić a relancé le débat sur la règle des 65 matchs nécessaires pour postuler aux trophées NBA. Une preuve de plus que la Grande Ligue est en train de se perdre dans des détails insignifiants qui pourraient un jour causer sa perte.

C'est l'une des images de la semaine : Nikola Jokić, sorti sur blessure contre le Heat après un choc avec un coéquipier. Le verdict final est moins lourd que ce qu'on aurait pu craindre, mais le triple MVP pourrait tout de même manquer une quinzaine de matchs.

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Et, depuis le début de la saison 2023/2024, il faut jouer au minimum 65 des 82 matchs de saison régulière (avec au moins 20 minutes de jeu dans chaque match) pour prétendre aux trophées individuels (MVP, MIP, DPOY…), ainsi qu'aux trophées collectifs (All-NBA Teams et All-Defensive Teams). On rappelle qu'il s'agit donc, pour n'importe quel joueur, de disputer 80% des matchs prévus dans la saison. 

Une mesure qui entre donc dans sa troisième année, et qui avait pour objectif initial de lutter contre le load management. Ce qui peut être considéré comme partiellement faux. En effet, cette saison, aucune équipe n'a plus de 16 back-to-back (deux matchs deux jours de suite), par exemple, et la règle autorise à manquer au maximum 17 rencontres. Une équipe pourrait donc tout à fait mettre ses stars au repos sur tous les back-to-back de la saison sans mettre en péril leurs chances de trophées. 

Mais dans le cas de Nikola Jokić, il s'agit d'une blessure qui frappe un joueur qui, avant même que cette règle existe, n'a jamais disputé moins de 65 matchs dans une seule saison. Le timing est serré pour le pivot serbe, qui apparaissait comme le grand favori pour rafler un quatrième titre de Most Valuable Player. Et partout, des voix s'élèvent pour demander la suppression de cette règle des 65 matchs. 

Pourquoi tout remettre en cause ?

En effet, parmi les stars NBA, Giannis Antetokounmpo a déjà raté 14 matchs cette saison, Luka Dončić 7, Victor Wembanyama 12, Anthony Edwards 7. Beaucoup de grands noms qui n'ont donc que peu de marge de manœuvre pour tenter d'arracher un trophée en fin de saison. Mais on a beau chercher, on ne voit pas en quoi cela justifie le changement d'une règle à peine mise en place, et qui a surtout été instaurée à cause des joueurs eux-mêmes. 

Car, depuis plusieurs années déjà, les joueurs militent occasionnellement pour que la saison régulière soit raccourcie. 82 matchs, c'est bien trop long, et comme justification, on explique que les joueurs sont bien plus athlétiques que par le passé - ce qui est globalement vrai, et qu'il faut donc les ménager. Seulement, les joueurs ont oublié qu'ils ne sont qu'une part de l'écosystème NBA.

Le problème reste en substance toujours le même : l'argent. Il n'y en a jamais eu autant dans l'histoire de la NBA, et les joueurs croquent allègrement dans un gâteau de plus en plus gros. Seulement, il faut rappeler que la NBA vient de démarrer un deal de 11 ans avec Amazon… à près de 7 milliards la saison ! Et pas question donc de réduire arbitrairement le nombre de matchs alors que le géant américain a payé pour les conditions actuelles. 

La règle des 65 matchs est donc un compromis : on ne réduira pas le nombre de matchs, mais vous pouvez en manquer quelques-uns sans que cela ne vous impacte. Car derrière les trophées individuels et les sélections en All-NBA Teams, il y a encore et toujours l'argent : cela vous permet de cocher plus de cases en vue d'un prochain contrat, et donc d'avoir un plus gros chèque à la fin du mois. 

Sauf que, dans le cas de Nikola Jokić, il s'agit d'une blessure malheureuse consécutive à un contact involontaire avec un de ses coéquipiers. C'est malheureux, mais cela arrive : personne ne peut créer une règle contre ça. Le Serbe était au cœur d'une saison all-time, mais elle aurait bien pu s'interrompre au bout de 32 matchs : aurait-il fallu alors le considérer comme candidat au MVP alors qu'il aurait joué moins de la moitié de la saison ?

La NBA doit rester ferme

Ce problème, finalement, n'est qu'une réflexion de ce que la NBA tend à devenir. Comme susmentionné, cette règle est un compromis, car la NBA ne veut pas se mettre à dos ses stars : elle en a trop besoin. Ce qui explique pourquoi elle cède souvent à leurs caprices depuis une quinzaine d'années, depuis que le fameux Player Empowerment est né un jour de juillet 2010. 

Les joueurs veulent de l'argent ? On augmente le salary cap, année après année. Aujourd'hui, si vous êtes un starter en NBA et que vous ne gagnez pas 25 millions de $ minimum la saison, il est recommandé de changer d'agent. Et on se gargarise de savoir que prochainement, les premiers contrats à 100 millions de $ la saison vont voir le jour. Indécent ?

Les joueurs veulent gagner ? On rajoute des trophées, toujours plus. La NBA Cup, pour permettre aux fameux "cols bleus" d'avoir un bout de gloire à eux. Le NBA Clutch Player of the Year, dont peu de monde est capable de citer le palmarès de tête. Les trophées de MVP de finales de conférence, comme ça, le perdant des finales aura quand même quelque chose à se mettre sous la dent. Des trophées qui ont moins de 10 ans d'existence, mais qui ne servent qu'à contenter la génération actuelle avide de lignes sur le CV. 

Le problème, c'est qu'à force de dire oui, la NBA ne sait plus dire non. Même aux demandes farfelues. Ainsi, cette saison a vu l'introduction de la règle disant qu'un shoot pris depuis sa propre moitié de terrain dans les cinq dernières secondes d'un quart-temps ne comptera pas dans les statistiques s'il est raté (mais sera bien évidemment comptabilisé s'il est réussi). Tout ça pour encourager les joueurs à penser à autre chose que leurs statistiques individuelles. On rappelle que le basket est un sport d'équipe. 

Tout ça aussi, pour faire fonctionner la machine à highlights. Car les interactions sur les réseaux sociaux n'ont jamais été aussi importantes, et quoi de mieux qu'un tir de 20 mètres qui rentre plutôt qu'un pathétique fake shot. Cela va avec l'époque, parait-il.

Mais pour une fois que la NBA résiste un tant soit peu avant d'envoyer tout valser, il faudrait vraiment s'en réjouir. Nul doute que la pression autour de la règle des 65 matchs va monter, et probablement encore plus si une nouvelle blessure touche une star. Sans doute que l'occasion sera donnée à certains de step up et devenir de nouvelles stars. C'est le cycle de la vie, ou du moins de la NBA...