"On n'est pas fermés à la proposition du Qatar mais pour l'instant rien n'est décidé. C'est une option qui existe", indique à l'AFP Marc Chirilcenco. L'entraîneur de 58 ans, habitué des controverses et des tensions avec la Fédération française, est le coach historique du club d'Indre-et-Loire depuis 32 ans, et compte comme principal fait d'armes d'avoir accompagné Kaylia Nemour vers le titre olympique aux barres asymétriques aux Jeux de Paris.
Mais depuis, la gymnaste de 19 ans s'est rebellée en révélant dans la presse et dans un livre le mal-être ressenti sous les ordres des époux Chirilcenco, s'estimant longtemps "sous emprise" et victime de maltraitance. Une enquête administrative s'en est suivie mais les conclusions rendues en avril ont blanchi les entraîneurs de tout soupçon de violence ou d'emprise psychologique.
Disculpé, Marc Chirilcenco espérait donc retrouver un poste de cadre technique à la Fédération française mais seul un poste d'entraîneur complémentaire lui a été soumis, une offre qu'il estime insuffisante. "La balle est dans son camp. Aujourd'hui, c'est cette situation-là qui lui est proposée, il n'y en aura pas d'autre", explique la présidente de la Fédération française Dominique Mérieux.
"Acte de candidature"
L'offre du Qatar, qui s'inscrit dans la stratégie de l'Emirat visant à naturaliser des gymnastes étrangères pour créer une équipe compétitive lors des Jeux Asiatiques de 2030, est donc arrivée à point nommé pour les époux Chirilcenco. "Nous en tant qu'entraîneurs, on a régulièrement des propositions. C'était l'Espagne l'an dernier, il y a eu la Chine. Tous les ans, on a 2-3 contacts pas inintéressants. Cette année, ça a été le Qatar", explique Marc Chirilcenco.
Mais c'est surtout la possibilité de voir de jeunes espoirs, parfois encore mineures, s'exiler au Qatar, jusqu'à changer de nationalité, qui cristallise les inquiétudes. "On a prévenu les parents de l'éventualité de notre départ en janvier dernier. Sur ce projet, celles qui sont intéressées feront acte de candidature", détaille l'entraîneur.
Parmi les athlètes prometteuses du club, la jeune Perla Denéchère, 16 ans et tout juste sortie des rangs juniors, pourrait ainsi quitter le collectif bleu pour représenter le Qatar. Une perte possible pour l'équipe de France, déjà traumatisée par le départ en 2023 de Kaylia Nemour, pur produit de la formation française qui a choisi de défendre les couleurs de l'Algérie, en conséquence d'un précédent conflit entre Avoine et la Fédération.
"On se retrouve dans les mêmes situations. C'est bien dommage parce que je pense que les gymnastes peuvent trouver un environnement tout à fait favorable au sein de la Fédération française pour atteindre l'excellence", regrette Dominique Mérieux.
"Une période difficile"
Pour Elena Colas en revanche, autre prodige du club d'Avoine fraîchement sacrée championne de France pour sa première année chez les séniors, l'avenir devrait s'inscrire en France. "J'ai toujours été transparente et j'ai toujours dit que je resterai en France", a-t-elle déclaré samedi à Mulhouse dans la foulée de son titre national au concours général.
"Je me sens bien en France et dans l'équipe de France en général. Je suis française, je n'ai pas d'autre nationalité. Donc pourquoi changer de nationalité alors que tout se passe bien pour moi ? Et que surtout, j'ai ma place dans l'équipe de France."
Evoquant les tensions et les "bruits de couloir" concernant son club, elle a reconnu avoir traversé "une période difficile". "Mais là, on essaye de sortir la tête de l'eau", dit-elle. Marc et Gina Chirilcenco devraient annoncer leur décision au cours du mois de juin.
De son côté, la Fédération française espère surtout un climat apaisé. "Je pense que les deux petites, Elena Colas et Perla Denéchère, sont des gymnastes d'exception. Elles méritent un environnement serein, professionnel et cohérent", a insisté Dominique Mérieux.
