Flashscore : Quel premier bilan tirez-vous du début de saison du Mans ?
Harold Voyer : Ça se passe plutôt bien même si je pense qu'on pourrait quand même avoir plus de points. Mais sur le contenu, c'est très intéressant et encourageant pour la suite.
Le match qui résume un peu tous ces sentiments, c'est celui contre Lens : vous menez 2-0, ça finit à 2-2. Prendre un point contre un club de niveau Ligue des Champions est satisfaisant mais cela reste frustrant car vous proposez beaucoup de choses ?
C'est un jeu qui demande énormément d'énergie. Donc forcément, on a des petits trous dans le match. Et ce qu'il faut qu'on fasse, et ça va avec l'expérience, c'est apprendre à mieux gérer nos temps faibles. On a notre style de jeu et on le respecte à la lettre, car c'est ce que demande le coach. On essaye d'être le plus performant possible, chacun notre niveau. Pour l'instant, ça marche plutôt bien. Vous citez Lens, mais il y a Rennes qui est aussi un très bon match, même si on perd et Brest lors de la première journée. Et puis le weekend dernier contre le PSG, mais bon... c'est le PSG quoi (sourire).
Patrick Videira en a parlé après le match : vous égalisez et Luis Enrique fait un quadruple changement avec Warren Zaïre-Emery, Fabián Ruiz, Vitinha et Khvicha Kvaratskhelia qui entrent. Autant lui que vous, vous vous dites quoi à ce moment-là ?
On s'y attendait un peu. On les a bien embêtés pour qu'ils fassent rentrer ces joueurs aussi tôt. On se dit juste qu'il faut s'adapter à leur qualité et essayer de contrer ça. Mais bon, ça a été difficile avec la fatigue accumulée pendant la première heure de jeu et les efforts qu'on a faits pour revenir au score.
C'est certes honorifique mais est-ce que ce choix immédiat et drastique de Luis Enrique donne du relief à votre travail ?
Oui, on a été valorisé avec l'entrée de ces joueurs-là. On a été assez embêtants pour qu'il soit obligé de faire ces changements.
Le Mans a développé une faculté à ne pas perdre, on le voyait déjà en Ligue 2. Malgré deux défaites en Ligue 1, on retrouve cette dynamique.
On ne lâche jamais rien, ça fait partie de nos principes de base. Quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, on ne lâche jamais rien sur aucune occasion. On ne laisse jamais un adversaire tout seul. On est toujours à fond, finalement. Il y a une grosse dépense d'énergie et ce n'est pas pour rien si on arrive à toujours revenir au score ou à rester dans le match. En L2, on a perdu très peu de matchs, on a été très solide défensivement. Cette année, un peu moins. C'est ce qu'il faut qu'on retrouve pour prendre encore plus de points. Mais c'est que le début. Je suis sûr qu'avec le travail qu'on fait au quotidien, ça va payer à un moment ou à un autre.
Le match contre le PSG était spécial pour vous puisque vous y avez été formé. Jouer au Parc a été un frisson particulier ?
J'ai fait toute ma formation au PSG, de débutant jusqu'à stagiaire pro. Le Parc des Princes, j'y allais quand j'étais petit avec mon père et forcément c'était un rêve de jouer là-bas. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai réalisé un rêve et c'est toujours une bonne chose de réaliser ses rêves dans la vie. On n'a pas tous la chance de pouvoir le faire. Je suis très fier de ce que j'ai accompli pour en arriver là. Ça m'a fait une émotion particulière. C'était la première fois que je ressentais ça pour un match. Je suis très, très content d'avoir vécu ça.
Quand vous signez au Mans en National, est-ce que vous voyiez un jour fouler la pelouse du Parc après deux montées consécutives ?
C'est ma cinquième saison ici et quand je signe, c'est déjà un pas en avant dans ma carrière parce que je signe mon premier contrat pro. Avant, j'étais amateur même si je jouais en National. J'avance dans ma carrière en devenant professionnel et mon objectif était surtout de faire le maximum pour le club. J'ai toujours été comme ça depuis tout petit : je suis un mec qui aime ses coéquipiers pour de vrai. Je ne fais pas semblant et j'aime tout donner pour eux. Au fur et à mesure des années, je me suis attaché au club et forcément ce club me tient à cœur. Quand je viens ici, c'est surtout pour grandir en tant qu'homme et en tant que joueur et c'est ce que j'ai réussi à faire. Grâce au Mans, je me retrouve aujourd'hui en Ligue 1, c'est fantastique !
Il y a deux ans, nous avions parlé avec Florian Sotoca, qui a connu toutes les divisions, de la DH à la Ligue des Champions. Vous aussi avez cette connaissance globale du football français, est-ce que ça vous permet de mesurer votre parcours et votre chance d'en être arrivé là ?
Moi aussi, j'ai déjà joué en DH quand j'étais plus jeune, avec la deuxième réserve du PSG. J'ai connu un peu tous les niveaux. R2, R1 jusqu'à la Ligue 1. Je n'ai pas la Ligue des Champions, peut-être un jour, on ne sait pas, on n'abandonne pas ses rêves (sourire). C'est important déjà de se mettre au niveau soi-même, c'est-à-dire augmenter la charge de travail, la concentration et être attentif à tous les petits détails qui font que le niveau est encore plus élevé. Si tu arrives déjà à faire ça, ça t'aide beaucoup. Forcément, défenseur, c'est différent d'attaquant. On a très peu le droit à l'erreur aujourd'hui en Ligue 1. Si tu laisses le mec avec un mètre d'avance, tu sais qu'à la fin, même si tu fais une grande course et que tu donnes tout ce que tu as, il y a des chances que tu aies encore ce mètre de retard. Les petites choses que tu avais l'habitude de faire ou de laisser avant, tu n'as plus le droit de les faire. Donc tu t'adaptes au niveau et tu apprends très vite parce que sinon c'est compliqué et tu ne joues plus.
Les divisions inférieures sont de plus en plus relevées, le grand public s'en rend-il compte ?
Chaque niveau a ses difficultés. En Ligue 3, tu vas rencontrer des difficultés que tu n'auras pas en Ligue 1. Tes adversaires changent, tes coéquipiers changent et toi-même tu changes parce que ton niveau de concentration sera forcément plus élevé. C'est ça qui fait souvent la différence entre des joueurs qui arrivent à s'imposer et à jouer dans des clubs de Ligue 1 et des joueurs qui sont bloqués à un certain niveau. Je le dis moi parce que je l'ai vécu : si tu n'y crois pas, personne n'y croira pour toi. Alors il faut redoubler de travail, tout donner et saisir les opportunités.
Quand on évolue avec une réserve pro, on est un gamin contre des darons qui veulent épingler le gros club ?
C'est ça. Ils jouent avec un autre football. C'est un football d'expérience. Si tu arrives à cumuler les deux footballs, celui de jeunes avec beaucoup d'envie et de fougue avec celui de l'expérience et du vice, tu peux vite devenir un très bon joueur.
Un magicien ne dévoile pas ses tours de magie mais comment fait-on pour conserver du vice, qui est une composante du métier de défenseur, avec la VAR ?
Il y a des petits blocs, des petites choses comme ça qui aident à garder ce léger temps d'avance ou à bien embêter l'adversaire. Mais je ne vais pas me balancer, je ne vais pas tout raconter (rires).
Avez-vous fait évoluer votre entraînement personnel pour monter de niveau ?
Au fur et à mesure des saisons, j'ai complètement changé ma façon de travailler. Je suis devenu très pointilleux sur ma façon de travailler. Maintenant, quand je n'ai pas ma routine, ça me dérange un peu parce que du coup, j'ai l'impression de perdre mon travail (sourire). On est très bien entouré au Mans, avec de très bons prépas physiques. C'est vrai que j'ai augmenté ma charge de travail et c'est ce qui m'aide à rester compétitif depuis 2-3 ans. Tout ce travail est important, à la salle, à la maison avec le sommeil, la nourriture, l'hydratation. Sur le terrain on fait des petits exercices en plus pour l'explosivité, ce genre de choses.
Vous êtes titulaire et vous voulez le rester, tout en ayant une concurrence accrue à un poste essentiel, il n'y a pas le choix.
La chance que j'ai, c'est que mes concurrences sont souvent très saines. Je sais que des fois, ce n'est pas forcément le cas. Mais maintenant, c'est un peu moi l'ancien qui accueille les nouveaux et quand j'ai été concurrencé, ça a toujours été sain. On se donne les conseils qu'il faut, on s'encourage, on s'aide, et après que le meilleur joue.
Patrick Videira débute en Ligue 1 et il n'a pas changé de préceptes avec la montée. Il aurait pu choisir une forme de facilité avec un 4-4-2 ou un 4-5-1 très compact avec un bloc bas mais vous conservez ce style tourné vers l'avant.
On a quand même un jeu équilibré je trouve, parce qu'il y a des moments où on arrive à rester en bloc. Après, c'est sûr que dans notre ADN, il y a le pressing. Ça fait partie de notre jeu, c'est comme ça. Le coach donne des consignes très claires et on les respecte. Et une fois que tu respectes les consignes de ton coach et que ça marche, tu lui fais confiance. Nous, ça fait deux ans que ça marche. Forcément, on ne peut qu'avoir confiance en lui. On aide les nouvelles recrues à s'intégrer et en général, ça marche plutôt bien. C'est ce qui nous fait avancer parce qu'il travaille très bien. On est comme une famille ici, ça aide à faire les efforts les uns pour les autres. On est une équipe offensive parce qu'on n'a pas peur d'aller vers l'avant, peu importe l'équipe. On n'a pas peur de se projeter, d'envoyer nos milieux, nos attaquants sont toujours prêts à faire des appels, nos pistons se projettent. Ils n'ont pas le choix sinon... le coach pète un plomb (rires). Des choses sont mises en place et cela nous permet d'être libérés et de ne pas nous prendre la tête. C'est dans nos principes : on y va et on n'a pas peur.
Vous allez enchaîner trois journées contre Toulouse, Auxerre et Troyes, des équipes qui sont à votre portée. Toulouse suit une courbe de performance qui ressemble à celle du Mans : des aspects positifs dans le jeu mais mal payés en termes de points.
C'est à nous de mettre ces équipes à notre portée avec le travail de la semaine. Elles ne prennent pas énormément de points comme nous. Ce sont des équipes qui bossent très dur aussi, donc il y aura les difficultés qu'on a déjà rencontrées dans d'autres matchs et des difficultés différentes. Il faut juste qu'on reste concentré sur nous-mêmes. Peu importe l'adversaire, il faut qu'on travaille, travaille, travaille. Les résultats vont venir, je n'en doute pas une seule seconde.
Le Mans a des investisseurs prestigieux comme Novak Djokovic, Felipe Massa, Thibaut Courtois. Est-ce que les nouveaux propriétaires sont là au quotidien et ressentez-vous leur présence à l'intérieur du groupe ?
On les a déjà croisés les jours de match mais en vrai, on ne les voit pas plus que ça. Ils font leur boulot de leur côté, et nous du nôtre. On a cette carapace qui fait notre force. On avance bien comme ça et il faut que ça reste comme ça, qu'on se protège de tout ce qui se passe à l'extérieur. On a souvent des vidéos d'encouragement, le coach nous les montre quand il fait la causerie le jour du match. C'est un petit coup de pouce qui nous fait du bien parce qu'on sait tout ce qu'ils ont gagné et tout ce qu'ils ont accompli. On compte sur eux pour faire grandir le club encore plus et à la bonne vitesse pour ne pas brûler les étapes.
On l'a déjà vu par le passé : le manque de cloisonnement peut coûter cher, il ne faut pas tout mélanger entre les différents secteurs d'un club.
Ils sont pas dans cette optique-là parce que, comme on peut le voir, il y a un gros noyau du groupe qui est resté. Avec l'argent qu'ils possèdent, ils pourraient complètement changer le groupe et n'amener que des joueurs de Ligue 1 quitte à perdre l'identité du club. Ils font étape par étape et c'est plutôt bien fait. Je suis très content d'être dans ce projet et j'espère que ça va continuer à bien se passer comme ça.
Terminons sur la sélection de Martinique : vous venez de disputer deux matches pendant la fenêtre internationale. Ça fait quoi de porter ce maillot ?
Je l'avais déjà porté il y a deux ans mais je m'étais blessé assez rapidement lors de mon premier match... Cette saison, le coach m'a donné l'opportunité de revenir. C'est une énorme fierté, ça a énormément de valeur à mes yeux. Ça représente mes racines, ça me tient à cœur de représenter ce peuple qui n'est pas toujours aidé au quotidien.
