Le Paris Saint-Germain n'était alors pas à la fête : fin décembre 2005 Laurent Fournier est remercié et Guy Lacombe, arrivé de Sochaux, prend les commandes. Sa prise de fonction se fait dans un climat tendu : des supporters sont venus le siffler dès son premier entraînement et des banderoles en faveur de son prédécesseur sont encore visibles au Parc lors de sa première, une victoire 3-1 contre son ancien club. Six semaines plus tard, l'effet de changement d'entraîneur s'est dissipé. Le PSG reste sur quatre rencontres sans victoire, trois nuls et une défaite, et recule au classement.
En face, le MUC 72, ancêtre de l'actuel Mans FC, vit une tout autre histoire. Le club mancel n'a découvert la Ligue 1 qu'en 2003, pour une saison compliquée, sans la moindre victoire avant la 13e journée, qui s'était terminée par une descente. Revenu à l'été 2005 sous la direction de Frédéric Hantz, installé sur le banc depuis décembre 2004, il surprend tout le monde. Daisuke Matsui, élu joueur du mois de janvier par l'UNFP, en est la figure, et Yohann Pelé s'impose dans les buts. Dix jours avant de venir à Paris, Le Mans a pourtant été battu à Nancy en demi-finale de Coupe de la Ligue (2-0).
Un but historique de Cédric Fauré
Devant 39 655 spectateurs, le match bascule dès la 5e minute. Sur une action dans la surface, David Rozehnal touche le ballon de la main, sans intention apparente, mais l'arbitre Olivier Thual désigne le point de penalty. Cédric Fauré, prêté par Istres un mois plus tôt, prend la responsabilité et Jérôme Alonzo plonge du mauvais côté. Le natif de Toulouse qui venait de fêter ses 27 ans entre dans l'histoire des Rouge et jaune. Le Mans mène 1-0 au Parc et ne se doute pas encore qu'il ne cédera plus. "Marquer au Parc des Princes et offrir la victoire à l'équipe dès les premières minutes, c'est un moment fort", dira l'attaquant, qui résume ainsi l'état d'esprit des siens : "On savait qu'en restant bien organisés et concentrés du début à la fin, on pouvait faire douter cette équipe de Paris."
Le PSG réagit pourtant avec vigueur. Pendant une demi-heure, les Parisiens assiègent le but de Pelé, qui repousse la frappe d'Édouard Cissé, alors à son 200e match de Ligue 1, puis multiplie les arrêts sur les tentatives de Pauleta. Au total, l'attaquant portugais signe quatre occasions franches, toutes détournées par le gardien mancel. Les visiteurs ne sont pas en reste : Fauré, de la tête, force Alonzo à s'allonger (27e), et la vitesse de Matsui trouble régulièrement la défense parisienne.
Mais sur le banc, Lacombe voit surtout ce qui ne va pas. Exaspéré par la prestation et l'attitude de certains cadres, il sort Vikash Dhorasoo dès la mi-temps pour lancer Bonaventure Kalou, puis remplace Jérôme Rothen, de retour de blessure, par Cristian Rodriguez à la 59e minute. Des changements qui sonnent comme un message, et que l'entraîneur assumera sans détour après la rencontre : "Quand on ne met pas ce qu'il faut sur le terrain, on ne peut pas espérer gagner. Il y a des comportements qui ne sont pas acceptables à ce niveau. Certains doivent comprendre qu'ils portent le maillot du PSG."
Des cadres envoyés en CFA
Rien n'y fait pourtant sur la pelouse. Les Parisiens enchaînent les passes ratées et le public s'impatiente. Sur un ballon dans le dos de la défense, Pauleta tente de servir Kalou en profondeur, mais l'Ivoirien attendait la passe de l'autre côté (71e). À l'approche de la fin, Kalou envoie enfin le ballon au fond (86e) et le stade exulte, avant que M. Thual n'annule le but en sanctionnant une faute de l'attaquant. Dans les buts, Alonzo reconnaît la frustration d'un soir où rien ne s'est enclenché : "On prend un but d'entrée et derrière, on n'a pas su emballer le match ni poser notre jeu. C'est très frustrant parce qu'on sait qu'on n'a pas donné ce qu'il fallait face à un public qui attendait autre chose."
Au coup de sifflet final, les joueurs du Mans vont fêter leur succès devant leurs supporters. Pour Hantz, cet exploit au Parc a valeur de reconnaissance pour un promu : "Réussir à marquer si tôt et à tenir ce résultat au Parc des Princes montre toute la solidarité et la maturité de ce groupe. C'est une grande performance collective pour un club comme le nôtre." Au classement, le MUC (42 points) passe devant le PSG (40), tombé à la 6e place et déjà distancé par les équipes de tête.
Pour Paris, l'affaire ne s'arrête pas au coup de sifflet. La semaine suivante, Lacombe envoie Dhorasoo et Rothen s'entraîner avec la réserve, en CFA, ce qui déclenche le premier grand clash de son mandat. Le PSG finira la saison à la neuvième place, mais sauvera l'essentiel en remportant la Coupe de France fin avril. Le Mans, lui, terminera onzième avec 52 points, le meilleur rang de son histoire en Ligue 1 jusque-là.
Pour Fauré, le rôle de héros n'aura duré que quelques mois. Barré par l'arrivée de Grafite, il ne s'imposera pas durablement et le club ne lèvera pas l'option d'achat. Il rebondira à Reims, où il marquera 37 buts en 83 matchs, avant de devenir entraîneur. Mais son penalty de février 2006 restera la seule victoire du Mans au Parc des Princes en championnat.
