Christian Pulisic, un "Captain America" aux racines européennes et symbole d'un paradoxe

Christian Pulisic, un "Captain America" aux racines européennes et symbole d'un paradoxe
Christian Pulisic, un "Captain America" aux racines européennes et symbole d'un paradoxeREUTERS

Surnommé "Captain America", le joueur vedette de l'USMNT est pourtant un pur produit du football européen, dont la carrière a décollé grâce à un passeport croate. Mais derrière cette trajectoire transatlantique se cache un positionnement politique de plus en plus affirmé en faveur de Donald Trump. Une représentation même des contradictions qui divisent aujourd'hui les États-Unis.

Il s'appelle Christian Mate Pulisic. Le prénom Mate, un prénom croate, dit déjà beaucoup. Celui que l'on surnomme "Captain America", le visage le plus bankable du football américain, est en réalité le produit d'une histoire profondément européenne. Et ce paradoxe, jamais vraiment résolu, est devenu encore plus éclatant lorsqu'il a choisi de politiser son image au service d'un homme dont la politique est fondée, entre autres, sur la méfiance envers tout ce qui vient d'ailleurs.

Un Américain aux racines transatlantiques

Le grand-père paternel de Pulisic était croate et sa grand-mère paternelle est sicilienne. Ce grand-père, prénommé Mate, lui a transmis son deuxième prénom ainsi que la nationalité croate, synonyme de passeport européen. C'est d'ailleurs ce passeport qui lui a ouvert les portes du Vieux Continent à l'adolescence : grâce à son grand-père croate, Pulisic a pu obtenir un passeport européen et rejoindre l'équipe U17 du Borussia Dortmund en 2015.

Avant même Dortmund, la famille Pulisic avait déjà fait le voyage. À l'âge de sept ans, il part vivre avec ses parents en Angleterre durant un an, où il rejoint l'équipe de jeunes du Brackley Town FC. Sa mère, enseignante, avait obtenu une bourse d'échange.

Quand Pulisic débarque à Dortmund à seize ans, il plonge dans l'une des académies les plus exigeantes d'Europe. Après trois saisons en Allemagne où il devient l'un des meilleurs ailiers de Bundesliga, Chelsea débourse 64 millions d'euros pour s'attacher ses services. Suivront des années compliquées en Angleterre, puis une renaissance à l'AC Milan. Toute sa formation professionnelle, toute sa carrière au sommet, s'est construite en dehors des États-Unis : en Allemagne, en Angleterre et en Italie. Il est l'antithèse du joueur "made in USA".

Des signaux politiques contraires

Pendant longtemps, Pulisic a entretenu une ambiguïté calculée sur ses convictions politiques. Mais les indices se sont accumulés. En 2022, il s'est inscrit sur les listes électorales en Pennsylvanie en tant que républicain. Avant cela, il avait été repéré en train de liker sur Instagram des publications favorables à Donald Trump, dont l'une appelant à ce que des antifas soient abattus.

Le moment de bascule arrive en novembre 2024. Après avoir marqué contre la Jamaïque en Ligue des Nations de la CONCACAF, Pulisic se dirige vers le corner et commence à agiter les hanches et pomper les poings pour imiter la danse associée à Donald Trump. Ses coéquipiers Weston McKennie et Ricardo Pepi l'imitent aussitôt. La Fédération américaine de football ne commente pas officiellement mais supprime la séquence de ses réseaux sociaux. Des employés de la fédération expriment leur désarroi à The Athletic : "Honnêtement, personne ici n'est surpris. Mais c'est quand même vraiment décevant."

Interrogé après le match, Pulisic joue la carte de l'innocence. "Je l'ai vue faire par plein de gens en NFL. On voulait juste s'amuser, j'ai trouvé ça sympa comme danse." Et de préciser : "Ce n'est pas une danse politique. C'était juste pour rigoler. J'ai vu plein de gens la faire, j'ai trouvé ça marrant, alors j'ai profité du moment."

L'explication laisse de nombreux observateurs sceptiques. L'ancien gardien international Tim Howard réclame que Pulisic "assume" son soutien à Trump plutôt que de feindre l'innocence : "Si tu veux faire une déclaration politique, sois assez courageux pour la défendre. Ne fais pas le muet et ne plaide pas l'ignorance comme Christian Pulisic."

"Pas assez d'Américains" : une première déclaration polémique

En réalité, l'épisode de la danse n'était pas une surprise pour qui suit assidûment cette USMNT. Deux ans plus tôt, en juin 2022, Pulisic avait déjà laissé échapper une phrase qui avait fait parler. Après une victoire 3-0 contre le Maroc à Cincinnati, dans un stade rempli à 75 % et dont une large part du public arborait les couleurs marocaines, il avait lâché devant les caméras d'ESPN : "Pour être honnête, pour je ne sais quelle raison, je ne suis pas super content du nombre d'Américains ici. Mais merci à ceux qui sont venus."

Le problème ? Ces fans marocains dans les tribunes étaient eux-mêmes, dans leur grande majorité, des citoyens américains. Le football aux États-Unis s'est justement construit sur ces communautés immigrées : polonaises, mexicaines, ghanéennes, jamaïcaines. Et ce sont ces mêmes communautés qui fournissent encore aujourd'hui des joueurs à l'équipe nationale américaine.

Un symbole du paradoxe de l'Amérique de Trump

Des commentateurs ont souligné que la danse pouvait ouvrir des questions sur l'éligibilité de certains coéquipiers de Pulisic à la sélection, comme Timothy Weah ou Yunus Musah, dont la présence en équipe nationale repose sur le droit du sol, précisément le type de droit que Trump entend remettre en cause.

Voilà le paradoxe : un homme dont le nom de famille est la forme croate de "Puglisi", un patronyme sicilien, dont le passeport européen a été obtenu grâce à un grand-père de Dalmatie, dont la carrière entière s'est construite à Dortmund, Chelsea et Milan, affiche sa sympathie pour un mouvement politique qui prône le repli identitaire américain et la défiance envers l'immigration.

À sa manière, Christian Pulisic est l'Amérique de Trump dans toute sa contradiction : un pays de fils d'immigrés qui vote pour fermer les frontières, une nation bâtie sur la diversité qui se rêve homogène, un vestiaire multiculturel dont la star fait le "Trump dance" sous les yeux de ses coéquipiers aux origines mexicaines, nigérianes ou jamaïcaines.