À Barcelone, les touristes français se mêlent à une fête particulière des locaux

À Barcelone, les touristes français se mêlent à une fête particulière des locaux
À Barcelone, les touristes français se mêlent à une fête particulière des locauxAnna Carreau

Les touristes français venus profiter du soleil catalan durant leurs vacances estivales ont croisé le fer le temps d'une soirée avec des supporters locaux catalans venus avec leur maillot de Lamine Yamal pour encourager puis fêter l'Espagne, vainqueur 2-0 de la France en demi-finale de Coupe du monde. Récit d'une soirée particulière à Barcelone.

Sous un soleil de plomb qui inonde les rues de la capitale catalane depuis des semaines, il fallait être très prévoyant et même faire la queue devant certains bars pour espérer regarder comme il se doit la demi-finale France-Espagne. La ville de Barcelone elle avait refusé de diffuser sur grand écran la rencontre, laissant le choix aux mairies alentours de jouer le rôle de la mégalopole mais donc surtout aux différents établissements de la ville la responsabilité d'organiser un match "sous haute surveillance" impliquant deux groupes quasi-majoritaires en cette mi-juillet en Espagne : les touristes français face aux locaux catalans.

Entre les bars ciblant les promeneurs d'un soir avec un tarif d'entrée à 20 euros et les autres pressant leurs adeptes à faire la queue dès 17 heures pour espérer entrevoir la rencontre, les deux groupes finissent logiquement par se mélanger, au grand dam des différentes services de sécurité. À l'Ovella Negra, lieu réputé pour ce qui est des bars de sports barcelonais, le choix a été fait de séparer les supporters des deux nations, une bagarre ayant éclaté lors d'un match de l'Angleterre quelques jours plutôt ayant forcé l'organisation à revoir ses plans.

Lamine Yamal, star des flocages

Dans les rues donc, les maillots espagnols sont floqués Lamine Yamal à 98%, qu'ils s'agissent de ceux portés par des locaux ou bien par des touristes en quête d'un souvenir d'époque. Le nom du natif de Mataro, ville à 30 kilomètres au nord qui elle avait fait le choix de diffuser la rencontre sur grand écran, s'affiche partout. Surtout dans le dos de ceux qui pressent le pas pour trouver un point de chute avant 21 heures. L'ambiance n'est donc pas encore à la fête mais plutôt à la quête.

Les Français se sont agglutinés entre eux, nourrissant une confiance quasi-inébranlable dans cette équipe et surtout son trio d'attaquants Olise-Mbappé-Dembélé, dont les noms s'affichent de façon quasi égale sur les maillots. La Marseillaise est chantée à plein poumons avant de s'interroger sur pourquoi les joueurs espagnols n'en font pas autant de la Marcha Real, qui, rappelons-le, ne contient pas de paroles. Mais dès que le ballon se met à rouler, les supporters des Bleus déchantent : le faible impact mis par les joueurs de Didier Deschamps d'abord, puis le pénalty jugé injuste, avant une rentrée aux vestiaires qui fait rebaisser légèrement la tension.

Le deuxième acte est presque encore plus dur à digérer, la plupart ne comprenant pas le triste niveau affiché par leurs joueurs ce soir-là. Le deuxième but de l'Espagne a le mérite d'aider à commencer à vider le bar, certains commençant à ranger leurs affaires pour mieux se préparer à ce qui arrive. Le ton monte aussi, quand d'agacements un supporter un peu trop émeché balance son gobelet de bière sur une spectatrice venue avec un maillot des Bleus mais Anglaise et surtout là pour passer du bon temps avec ses copains d'Erasmus français.

Une gueule de bois collective

La fin de soirée a des airs de mauvaise gueule de bois collective, chacun trouvant en Deschamps, Lucas Digne, l'arbitre ou même Mbappé un responsable à cette élimination aux portes de la finale. Mais tous sont vite rattrapés par un enthousiasme espagnol contagieux, porté par une relative jeunesse qui fête cette qualification comme s'il s'agissait de la première, eux qui étaient sans doute trop jeunes pour se rappeler de l’effervescence de 2010. 

Et ce sont ces mêmes jeunes qui guident un cortège épuré prenant la direction de la Rambla pour célébrer avec tant d'autres une place en finale loin d'être promise à la Roja en début de tournoi. Aux airs de "Donde está Mbappé ?" ("Où est Mbappé ?") repris en coeur par des Catalans trop contents de célébrer celui qui est aussi un ennemi intime du FC Barcelone, les marcheurs solitaires deviennent un gros plus ou moins uniforme muni de drapeaux espagnols. Chose assez rare en plein coeur d'une Plaça Catalunya davantage réputée pour ses manifestations indépendantistes ou, a minima ces derniers mois, de revendications locales formulées en catalan.

La langue natale de ces jeunes qui portent en triomphe Lamine Yamal s'efface au profit de la langue nationale pour fêter un triomphe qui ressemble finalement à une gloire internationale, les touristes des autres nations se mêlant à la fête pour se moquer eux aussi de Kylian Mbappé. Qui semble avoir des ennemis au-delà du petit territoire catalan. L'occasion aussi pour ceux qui avaient gardé du stock de pétards ou feux d'artifice de la Sant-Joan, fête de la Saint-Jean fêtée avec toutes sortes d'engins pyrotechniques le 23 juin, de faire quelques frayeurs à ceux qui se sont amassées dans la rue au point de bloquer la circulation.

Des retrouvailles déjà programmées au 19 juillet

Pas vraiment de quoi inquiéter la Guardia Civil qui se tient à distance et laisse "jeunesse se faire". Devant les caméras des télévisions locales qui s'entassent, les supporters s'amusent à chanter "Puta Francia", "Puta Mbappé" et globalement "Puta" tout ce qui s'est trouvé sur le chemin de l'Espagne vers la finale. Si l'identité catalane semble s'être effacée le temps d'une soirée de fête nationale, espagnole et non française, la reprise en coeur du "Free Palestine", très marqué dans la communauté autonome catalane, puis du "Boti, boti, boti Madridista qui no boti" ("Qui ne saute pas est Madridista", en français) rappellent que cette victoire de l'Espagne est aussi et surtout celle d'un Barça qui tient cette Roja : de Cubarsi en défense à Lamine Yamal en attaque. Le tout avec 8 Catalans dans ses rangs.

Certains Français se joignent finalement à la fête espagnole, trop heureux de pouvoir vivre, malgré tout, un moment de joie collective. Mais de loin. "Ça fait mal, hein ?!", lance un supporter tricolore muni de son maillot Mbappé, le maquillage qui coule encore et les bras croisés en regardant le maillot du joueur du Real Madrid être brandi à la foule pour être moqué. Mais nulle ne doute que beaucoup des déçus de cette soirée du 14 juillet auront acheté leur plus beau maillot Lamine Yamal sur le marché pour venir vivre avec les locaux la finale du 19. Et peut-être cette fois derrière un écran géant ?

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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