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Exclu – « La Bundesliga, je kiffe », Lilian Brassier raconte sa nouvelle vie à Francfort

Lilian Brassier en exclusivité chez Flashscore
Lilian Brassier en exclusivité chez FlashscoreČTK / imago sportfotodienst / Hans-Jürgen Schmidt

Arrivé à Francfort il y a un mois, Lilian Brassier réalise un début de saison remarqué en Bundesliga. Pour Flashscore France, le défenseur central évoque ce football plus direct qui lui réussit, son passage compliqué à l'OM, l'influence d'Éric Roy à Brest et ses ambitions européennes.

Flashscore France – Bonjour Lilian, merci d'avoir accepté notre interview. Un plaisir de pouvoir échanger football avec vous. Comment vous sentez-vous ? Petite période de trêve internationale, ça doit faire du bien...

Lilian Brassier : Merci à vous. Oui, c'est vrai... après il y a quand même eu pas mal d'entraînement. Le coach nous a laissé quatre jours de repos d'affilée, mais sinon on s'entraîne comme d'habitude, avec un rythme soutenu. Il n'y a pas vraiment de grosse différence, si ce n'est qu'il manque du monde, notamment des cadres, parce que plusieurs joueurs sont partis en sélection.

FF – Voilà un mois que vous avez rejoint votre nouveau club. Quelle est, selon vous, la différence la plus marquante que vous observez à l'entraînement, y compris sur le plan tactique ? La conception du football défendue par l'entraîneur diffère-t-elle de celle que vous avez connue en France ?

LB : Il y a à la fois de la continuité et des différences. Ici, c'est beaucoup plus direct. En Bundesliga, une fois que tu as remonté le ballon, le but est de le garder devant. Il y a beaucoup de jeu vers l'avant : en une ou deux passes, tu es dans les 30 derniers mètres, et les joueurs savent conserver le ballon à cet endroit-là. En France, on va plutôt maintenir le ballon collectivement, par l'équipe. 

Ici, ce sont des attaques rapides, et même quand les joueurs ne reçoivent pas d'excellents ballons, ils se débrouillent avec tout. Tu vois très rarement un attaquant ou un milieu lever les bras : il va se battre, gagner son duel et récupérer le ballon. C'est là que je trouve qu'il y a une vraie différence.

 

FF – Globalement, comment se passe votre intégration ? C'est la première fois que vous quittez votre pays. La culture, l'Allemagne, cela vous plaît-il ?

LB : Franchement, ça se passe super bien pour le moment. J'aurais aimé qu'il y ait plus de victoires, bien sûr, mais mes coéquipiers m'ont très bien accueilli, le coach aussi. Et c'est un championnat qui correspond à mes qualités. J'aime beaucoup : c'est intense, mais ça me va bien.

FF – Développez un peu : qu'est-ce qui fait que ça matche avec le football allemand ?

LB : Je suis un défenseur assez athlétique, capable d'enchaîner les courses, plutôt rapide, avec une bonne endurance. Je peux donc suivre les déplacements des attaquants tout au long du match. Et il y a beaucoup de duels. Ici, ils sont vraiment corps à corps : tu te bats d'abord avec le corps de l'attaquant pour remporter ton duel. Il y a de l'anticipation, mais c'est une anticipation directement sur l'adversaire.

FF – Comme le jeu est plus direct, vous êtes peut-être plus en réaction qu'en France, où l'on pose davantage le jeu, non ? D'où plus de duels et de contacts avec les attaquants.

LB : Je dirais surtout qu'en France, et je pense que c'est plutôt positif, on rencontre plus de diversité dans les profils d'attaquants. Ici, d'après ce que j'ai vu, je suis souvent opposé à un grand attaquant de point d'appui, et l'autre est plus vif et mobile. Mais comme je te l'ai dit, ça correspond à mon profil. Le plus souvent, l'attaquant costaud est de mon côté, je me bats avec lui, et gagner ce duel me donne de la confiance pour la suite du match.

FF – Quand Francfort vous a fait une proposition, avec d'autres offres potentielles, qu'est-ce qui vous a convaincu, sur le plan football ?

LB : D'abord, l'envie de partir à l'étranger. On en avait déjà beaucoup discuté lors de ma dernière année à Brest : c'était un choix que j'avais déjà eu il y a environ deux ans, et j'avais alors décidé de rester à Marseille

Quand ça s'est ouvert de nouveau, je me suis dit qu'il fallait le saisir. J'avais fait beaucoup d'années en France, c'est là que j'ai débuté, et je me suis dit que ce serait dommage de faire toute ma carrière en France, qu'il fallait aller découvrir un autre football.

J'ai eu la chance que Francfort revienne à la charge, puisqu'ils s'intéressaient déjà à moi il y a deux ans. Je me suis dit que c'était le destin, que tout se rassemblait. Et c'est un grand club, avec beaucoup de jeunes à fort potentiel, qui n'ont pas forcément beaucoup d'années chez les pros, mélangés à quelques cadres. C'est ce qui fait la beauté du club.

FF – Retrouvez-vous, ici, la continuité de vos belles performances de la saison dernière avec Rennes ?

LB : Oui, totalement. Surtout dans l'intensité : j'essaie toujours de garder cette intensité dans les duels et de couvrir le terrain sur les appels en profondeur. En arrivant ici, j'ai retrouvé ça en plus fort. Après quelques matchs, je me suis dit que ce championnat, je kiffe : ça rentre dedans, et il y a beaucoup d'actions offensives, pour ton équipe comme pour l'adversaire.

FF – Certains sous-cotent la Bundesliga en disant « tout pour l'attaque, il n'y a pas de défense ». Trouvez-vous que cette analyse est biaisée ?

LB : Je ne dirais pas qu'il n'y a pas de défense : il y a de très bons défenseurs en Allemagne, et c'est un championnat réputé. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup d'attaques, et cela vient du style de jeu. On ne va pas faire huit ou dix passes en largeur, en touchant cinq fois le milieu et quatre fois l'arrière droit, pour attaquer. Si deux passes suffisent pour toucher la profondeur, centrer et marquer, ils vont le faire sans se gêner. Donc oui, je pense que c'est une analyse un peu biaisée.

FF – Vous avez très bien démarré, vous êtes l'une des grosses satisfactions des supporters et vous avez été dans l'équipe type de la dernière journée de Bundesliga. Comment vivez-vous tout ce positif ?

LB : C'est bon pour le moral et pour la confiance. Ça montre que le travail effectué en amont, qui est très dur, sert toujours à quelque chose. Après, le plus important, c'est l'équipe et les victoires : moi, mon rôle est d'aider l'équipe au maximum. Mais c'est sûr que ça fait plaisir d'être mis en avant, de montrer ses qualités dans un autre championnat, et que les gens soient attentifs à mes performances.

FF – Revenons au début. Vous avez été formé à Rennes et vous y êtes revenu après Marseille. Pourquoi ce choix ?

LB : D'abord, c'était un challenge : je n'avais jamais joué en pro avec Rennes. J'avais fait toutes mes classes jusqu'à signer pro, mais au moment où il fallait être patient et attendre son tour, j'ai voulu jouer directement, parce que je sortais d'une saison pleine à Valenciennes. Jeune, je voyais les choses comme ça : jouer pour prendre vite de l'expérience, surtout à mon poste.

Je n'avais jamais connu le monde pro à Rennes, ni foulé la pelouse du Roazhon Park. Je me suis dit que c'était le moment. Le club avait alors une équipe très jeune, avec beaucoup de jeunes et d'étrangers qui ne connaissaient pas forcément la Ligue 1. Et moi, j'avais besoin de temps de jeu, parce qu'à Marseille c'était un peu compliqué à ce moment-là. Quoi de plus beau que de revenir dans son club formateur pour vivre la carrière pro que je n'avais pas pu y commencer ?

FF – Quand vous arrivez à Rennes, sentez-vous tout de suite que c'est le bon choix ?

LB : Oui, dès l'accueil. J'ai senti que j'allais avoir un rôle à jouer pendant les six mois qui restaient dans la saison, et qu'il y avait des attentes. Le coach m'en avait parlé, c'était Habib Beye à ce moment-là. Ça s'est fait naturellement, et j'ai adoré mon expérience là-bas.

FF – Qu'est-ce qui a changé par rapport à l'OM ? Le coach ? Le sentiment d'être à la maison ?

LB : Oui, forcément, ça a joué : revoir ces couleurs qui me sont familières. Mais il y a aussi le coach. J'avais bien discuté avec lui, on s'entendait super bien, et son style de jeu correspondait à mes critères. Je n'ai pas trop réfléchi : on a discuté un peu, et go !

FF – Et maintenant, vous êtes à Francfort : le choix a été plutôt bon. Revenons sur l'OM, un moment important et délicat de votre carrière. La direction, à l'époque Medhi Benatia, avait misé sur vous, et vous aviez eu un échange avec Roberto De Zerbi avant d'arriver. Avec du recul, qu'est-ce qui n'a pas fonctionné, selon vous ?

LB : Avant tout, je les remercie. Même si ça a été difficile pour moi à la fin, c'était une expérience à vivre : côtoyer ce type de coach, de joueurs, de collègues tous les jours, c'était enrichissant.

Malheureusement, ça n'a pas fonctionné, parce que mon ressenti était que ça ne correspondait pas à ce que j'imaginais en termes de jeu. J'ai dû faire un vrai effort d'adaptation, et j'ai essayé du mieux que je pouvais, mais j'avais l'impression qu'on voulait changer totalement mon style de jeu. Je suis un joueur dynamique, qui aime aller chercher ses attaquants, défendre la profondeur, relancer dans les intervalles ou jouer long. Toute la liberté que j'avais à Brest, à Rennes et que je retrouve aujourd'hui à Francfort, on me l'avait un peu retirée.

Or à Marseille, on te juge tout de suite, ce qui est normal : c'est un grand club avec de grosses ambitions. Sur le peu de temps que j'y ai passé, ça n'a pas fonctionné. Quand on m'a proposé le projet, je m'y projetais totalement, parce que c'est un club vivant, où l'on te demande de mettre du cœur. C'est tout ce que je souhaitais. Mais c'est la vie : tu passes par des étapes qui te font grandir. J'ai beaucoup appris durant cette période difficile, et si ça se reproduit un jour, j'aurai encore plus d'armes.

FF – Pouvez-vous donner un exemple concret d'apprentissage, sportif ou humain, que vous retenez de l'OM ?

LB : C'est une question de psychologue, elle est compliquée ! Pour être honnête, il n'y a pas forcément un apprentissage précis. Le seul enseignement, c'est de se concentrer sur ce que tu fais de bien, de savoir que tu es un bon joueur malgré tout, et de l'accepter. Parfois, ça ne matche pas, les planètes ne sont pas alignées, et il ne faut pas se remettre en question pour autant. Beaucoup de joueurs changent de club, ça ne prend pas, et ils rebondissent ailleurs. Je me suis donc surtout dit : c'est comme ça, c'est la vie, continue ta carrière, bosse deux fois plus et appuie-toi sur tes qualités.

FF – Votre carrière ne se résume pas à ça, il y a eu de très belles choses avant. Parlons de Brest, où votre carrière explose, et d'Éric Roy, qui nous a quittés ces dernières semaines. Un mot sur l'homme et l'entraîneur ?

LB : Paix à son âme : Éric Roy était vraiment une très grande personne. C'est compliqué de trouver les mots pour dire tout ce que j'ai ressenti et vécu avec lui, mais il m'a donné énormément de confiance en moi. C'étaient des petits gestes tout simples, au quotidien. Dès qu'il me croisait, il m'appelait « la manchina »

En tant que défenseur central, quand tu veux être un taulier, ça fait plaisir. Il disait que j'étais un roc, que cette année-là je martyrisais les attaquants. On ne parlait pas énormément, mais il trouvait toujours les bons mots au bon moment, et ça me boostait encore plus.

Humainement, il est incroyable, et son QI football l'est aussi. Il a une sagesse qui le rend à l'écoute de tout le monde : tous ceux qui parlent de lui ont le même ressenti. Peu importe comment tu arrives dans l'équipe, il sait t'accueillir, comprendre ton style de jeu et te mettre dans les meilleures conditions. Beaucoup de joueurs ont montré des qualités folles sous sa direction.

FF – Comme Pierre Lees-Melou, par exemple, a réalisé cette saison-là un niveau proche de Toni Kroos (rires). Ce n'est pas un hasard.

LB : (Rires) Franchement, non. Et même en tant que spectateur, je suivais Brest avec un plaisir monstre : ça faisait kiffer. Je me souviens d'un match qui m'avait marqué, une victoire 3-1 contre l'OL de Fabio Grosso. Chaque fois qu'un gros venait à Brest, vous le battiez : on voyait votre surconfiance, grâce au coach aussi.

Il avait un très gros rôle dans notre groupe. Je tiens aussi à souligner le travail du préparateur mental, qui a très bien bossé avec l'effectif. Mais oui, le coach, c'était incroyable. Je ne suis pas sûr de retrouver une saison collective comme celle-là. C'est magnifique à vivre.

FF – Revenons à Francfort. Quels sont vos objectifs personnels et collectifs ?

LB : J'ai des ambitions de gagnant. Collectivement, mon but est de finir le plus haut possible. Match après match, il faut gratter les points. Je ne vais pas mentir : je vise l'Europe à la fin de la saison. Je sais que ça ne sera pas facile, parce que c'est un championnat très relevé avec de très bonnes équipes, mais il faut avoir confiance en soi et en son équipe, et travailler tous les jours pour.

FF – Le top 4 mène à la Ligue des champions. Le Bayern est hors de portée, mais il y a Dortmund, Leipzig… Et vous, on peut vous compter aussi : Francfort est tout en haut depuis des années, et a même joué la LDC il n'y a pas si longtemps.

LB : Oui, il y a deux ans. Francfort est dans une nouvelle ère, avec pas mal de départs et de jeunes qui arrivent. Mais oui, le club participe régulièrement à l'Europe et à la LDC.

FF – En interne, quel objectif vous êtes-vous fixé ? Juste l'Europe, ou le top 4 ?

LB : Je n'étais pas là lors de ces discussions, j'étais encore à Rennes, et je n'en ai pas parlé avec le club. Mais quand je vois l'équipe, je sais que je suis venu à Francfort pour ça aussi. Dans ma carrière, je veux jouer l'Europe : c'est mon ambition personnelle.

FF – Et autre chose pour votre carrière ?

LB : La bonne santé, et de bonnes performances. La santé est hyper importante pour un footballeur : sans elle, tu ne peux pas faire ton métier.

Pablo Gallego - Senior News Editor
Pablo Gallego - Senior News EditorFlashscore France
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